Forum de Casablanca : les leçons qu’il faut tirer du monde qui est en train de naître, par DSK


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« Anton Pann a dit : souvent la parole coupe davantage que le sabre. »

 

Voici le texte de la conférence de l’ancien directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn, participant au forum de Casablanca au Maroc en février 2012, mis en forme par Farida Moha, du Matin et qui est, selon moi, toujours d’actualité.


 

« Trop d’inégalités nuit à la stabilité et à la croissance économique »

C’est une idée déjà ancienne qui a deux siècles et qui vient d’Adam Smith. L’idée que finalement tout le monde doit progresser au même pas et que l’on ne pouvait pas espérer avoir des sociétés stables si elles étaient trop inégalitaires est une très vieille idée de ce penseur libéral, que nombre d’intervenants ont abordée, dont M. Aourid, dans leur intervention au forum de Casablanca. Les inégalités se retrouvent partout, dans les salaires, entre les hommes et les femmes, entre les jeunes et les moins jeunes. C’est une leçon de la période que l’on voit à l’intérieur des pays, mais qui explique aussi en partie la crise financière. Si l’on analyse la fameuse crise des subprimes qui était à l’origine de l’explosion, on a tendance à pointer du doigt la finance qui était mal régulée et organisée. C’est vrai, mais derrière le problème de la finance, il faut se demander pourquoi tant d’Américains se sont endettés. C’est une question de transmission d’une crise en chaîne, diront certains, car pour acheter un logement qu’il n’a pas pu payer, l’Américain du Maryland a déclenché, à cause de mécanismes financiers mal contrôlés, cette crise. Mais, quand on l’observe de plus près, le problème est plus profond, plus structurel. Les revenus aux États-Unis, surtout ceux de la couche moyenne, ont peu augmenté durant cette dernière période et les inégalités ont beaucoup crû. En 2008, ces inégalités sont au niveau de celles qui existaient en 1929, pour remonter ensuite. Quand les revenus n’augmentent pas assez pour ce segment de la population, la seule manière de maintenir la consommation dans une société de consommation, c’est de s’endetter. À l’origine donc, c’est dans la montée des inégalités que l’on trouve la course vers le crédit, conjuguée à un système financier mal régulé, qui déclenche la crise. Dans le monde arabe, le Printemps arabe qui est une aspiration à la liberté est aussi un combat contre les inégalités, un combat politique contre la corruption, contre le chômage des jeunes. Une question cruciale, car dans la décennie qui vient, il y aura 18 millions de jeunes dans le monde arabe qui iront sur le marché du travail, c’est le pari le plus important pour les pays de la région ! Le chercheur et démographe Youssef Courbage nous a montré dans ses tableaux l’importance des éléments démographiques, mais aussi le rôle de la femme qui est un indicateur du développement.

La croissance sans développement accentue les tensions sociales et les inégalités, comme l’a souligné le philosophe M. Benmakhlouf. Et si tout le monde ne bénéficie pas de la croissance, on assiste alors à une instabilité politique et au bout du compte à une instabilité économique. C’est une leçon importante, c’est la face noire de la mondialisation qui, certes, a beaucoup d’aspects positifs, mais qui, par les inégalités qu’elle crée et qui se sont accrues, constitue un point noir. On remarque aussi que les pays qui ont les pires indicateurs sociaux sont ceux qui ont plus d’instabilité politique. Les deux vont de pair, car le modèle de croissance est fondé sur un déséquilibre et si nous voulons sortir de cela, il faut repenser un modèle de croissance plus équilibré en termes de lutte contre les inégalités et en termes de déficit de balance de paiement et de déficit des finances publiques que les économistes appellent les déficits jumeaux. Cette situation des États conduit à des seuils insoutenables que l’ont retrouve au niveau des ménages et des subprimes. Ce modèle n’a survécu que par des capacités de crédits et d’endettement, particuliers ou d’États, mais au bout d’un moment, il finit par exploser.

Quelle conclusion faut-il tirer de cette première leçon ? C’est qu’il faut revenir à une croissance plus fondée sur une demande interne, plus égalitaire, mieux répartie, moins fondée sur l’export, un modèle qui mette l’accent sur des éléments de développement comme la sécurité sociale, la protection des individus, les infrastructures physiques et autres comme l’éducation, une croissance plus favorable aux classes moyennes, la lutte contre le chômage, etc. Les instruments nécessaires pour bâtir ce modèle sont connus : la redistribution par des allocations, par la fiscalité, les services publics mis en œuvre, l’intégration des citoyens dans la vie politique, les négociations salariales… Toutes ces techniques sont connues, testées, mais ce qui fait problème, c’est le champ politique en interne et à l’international. On ne peut pas avoir une croissance forte à l’échelle de la planète ou des régions, si cette croissance ne se préoccupe pas d’emmener tout le monde dans le train, sans laisser personne sur le quai. Paradoxalement,
ce qui semblait n’être qu’une crise financière montre qu’il s’agit d’abord d’une crise des inégalités.

« L’avenir de chaque pays lui appartient »

Deuxième leçon de la journée, longuement abordée par Hubert Vedrine, c’est qu’à force d’être émergente, les économies émergentes ont fini par émerger. Je dis bien les économies et non les pays, car quand je pense à la Chine ou à l’inde qui ont une civilisation qui a 5000 ans, ou au Maroc, vieille nation avec une civilisation qui s’accumule en siècles, ce sont des pays qui ont émergé depuis bien longtemps. Il faut donc bien préciser qu’il s’agit d‘économie émergente quand on parle de la montée des BRIC, un sujet récurrent dans les discussions, mais dont on ne tire aucune conséquence. J’ai eu l’occasion de diriger une institution où ce problème était crucial : au FMI, les pays dits avancés qui ont la plus grosse part, les Américains, les Japonais, les Européens se demandaient s’ils allaient laisser la place aux émergents devenus plus gros. On parle des économies émergentes, mais on tient très peu compte de la façon dont on va mieux les intégrer dans la décision collective. Encore faut-il comprendre pourquoi il y a émergence de ces pays. Nous vivons la fin d’une période d’exception technologique qui a commencé au début du XXe siècle, qui a duré un siècle et qui va continuer durant dix ou vingt ans. Dans ses constituantes, cette période n’a jamais existé auparavant dans l’histoire de l’humanité.

Des pays de petite taille ont réussi a garder pour eux la technologie. Avant, quand une invention apparaissait, le pays qui en bénéficiait, parce qu’il avait des arbalètes plus puissantes, l’emportait sur son voisin. Mais une décennie plus tard, l’autre pays avait les mêmes arbalètes et ainsi le déséquilibre était vite rattrapé. Au début du siècle, deux pays, la France et l’Angleterre, ont réussi à garder pour eux les technologies, notamment sur le plan militaire, et ont réussi à dominer le monde à partir d’une population relativement limitée. Il y avait par exemple 30 000 Français en Afrique subsaharienne française avant que ces pays ne recouvrent leur indépendance ! Et puis vint la révolution industrielle, Internet, le transfert technologique, tout cela fait que l’on ne peut plus s’approprier les nouvelles technologies et empêcher les autres d’y accéder. Nous revenons donc à ce qui a été le grand courant historique. Le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud et d’autres pays émergents ont accès à la technologie. La période d’exception technologique et de domination de l’Occident prend fin. Cette période est derrière nous et ces pays doivent accepter l’idée que l’on revient à ce qui était la norme, c’est-à-dire que c’est le nombre qui fait la force. Ce sont les grands pays qui vont dominer et non ces pays de 40 ou 60 millions qui avaient réussi à garder des empires par la force des baïonnettes. La conclusion à tirer de cette deuxième leçon c’est que l’avenir de chaque pays lui appartient, il est entre ses mains. Le colonisateur politique est en train de disparaître et sera suivi du colonisateur économique et technologique.

C’est ce que disait Karim Aynaoui, directeur à Bank al-Maghrib. Les pays doivent compter sur eux-mêmes. À plusieurs reprises au cours du forum, nombre d’intervenants ont évoqué le serpent de mer de l’intégration maghrébine. On sait où cela coince et on sait qu’il va falloir que ce soit par là que ça décoince. Si l’Algérie ne veut pas bouger, il sera difficile d’avancer, mais on sait aussi qu’il faut avancer et qu’il est impossible pour le Maghreb que cette intégration ne se fasse pas. Si cela devait en être le cas, le coût en termes de développement et de chômage serait considérable pour tous, y compris pour nos amis algériens. L’idée de s’étendre en partenariat avec l’Europe vers l’Afrique ne prendra d’ailleurs du sens que s’il y a un regroupement des pays du Maghreb pour constituer une base arrière. Une chose est sure : dans l’émergence de ce monde nouveau, les cartes sont totalement redistribuées par la disparition de ce qui a marqué notre conscience ces deux derniers siècles, à savoir qu’il y a des pays qui dominent les autres. Ceci est un modèle qui est derrière nous. C’est la leçon qu’il faut tirer d’un monde en train de naître.

« La gouvernance, ça compte ! »

J’ai sélectionné deux autres leçons centrées sur le moment. Je retiendrais la formule d’Adil Douiri « la gouvernance, ça compte ! » On a longtemps fait beaucoup de rhétorique et empli des discours vides avec ce mot barbare de gouvernance.

Aujourd’hui, on se rend compte que les conséquences d’une bonne ou mauvaise gouvernance peuvent être totalement opposées. Le G20 est un bon exemple. Quand il a bien fonctionné en 2008, 2009 et 2010 et quand les chefs d’État étaient prêts à travailler ensemble, on a pu sortir d’une dépression aussi grave que celle de 1929 par une bonne coopération et gouvernance mondiale. A contrario, la faiblesse de la gouvernance de la zone euro, l’incapacité de la zone euro à avoir un fonctionnement permettant de prendre les décisions sont très largement à l’origine de la situation actuelle. Dans cette situation, les techniques importent peu, et je n’ai rien par exemple contre les eurobonds. Le problème c’est : comment prend-on les décisions, quand les prend-on et à quelle vitesse ? Et ceci est un problème de gouvernance. Pour la question du temps qui a été évoquée dans ce forum, je dirai qu’il y a, en fait, trois temps. Il y a le temps des marchés qui est trop rapide pour les politiques.

Quand ces derniers prennent des décisions, ils sont déjà en retard par rapport aux marchés. Après le temps des marchés, le temps des politiques, il y a le temps de l’économie qui est trop long pour les politiques qui ont des mandats trop courts par rapport aux décisions économiques. Quelqu’un disait tout à l’heure sous forme de boutade que les politiques devraient prendre des décisions pour leurs adversaires !

Même si les résultats ne venaient que dans cinq ou dix ans sans ces politiques, il faudrait que ces derniers le fassent parce que c’est leur devoir d’homme d’État. Le temps économique est très long et le temps politique borne l’horizon des politiques. On a parfois l’impression que ces politiques ne servent plus à rien parce que leur temps est trop long pour les marchés et trop court pour l’économie. D’où une forme de désintérêt pour ce que les politiques peuvent faire. Pour ma part, je crois au contraire au retour du temps du politique. Les décisions qui sont à prendre sont plus des décisions politiques que techniques. Nous entrons dans une période où c’est le politique qui doit décider avec des instruments de gouvernance. Pour prendre des décisions collectives et les mettre en œuvre, cette gouvernance est plus que jamais nécessaire.

« Déficit de gouvernance et crise de confiance dans la zone euro »

Prenons l’exemple de l’Union européenne. Il y a eu 16 sommets, tous de la dernière chance, il y en aura un 17e, un 18e… Ce qui est frappant, c’est que même quand une bonne décision est prise, ce qui n’est pas toujours le cas, elle n’est pas appliquée. Le 21 juillet dernier, les Européens ont pris une relative bonne décision pour la Grèce. Cette décision n’a pas été mise en œuvre. La décision qui était bonne en juillet ne l’était plus au mois de septembre. Les pratiques de gouvernance, la prise de décision et leur mise en œuvre deviennent essentielles et c’est leur absence qui fait la crise européenne. Celle-ci est avant tout une crise de confiance, des Européens en eux-mêmes et des autres qui ne font plus confiance aux Européens. Quand on rencontre ici à Casablanca, à New York ou à Pékin et aux quatre coins de la planète, les banquiers, les investisseurs, ils vous demandent comment peut-on faire confiance à un ensemble de pays, l’UE, incapable de résoudre un problème qui concerne 1,5% de son PIB, parce que la Grèce c’est 1,5% du PIB de la zone euro. Comparaison n’est pas raison, bien sûr, mais que penseriez-vous d’un chef d’entreprise qui ne serait pas capable de résoudre un problème qui concerne 1,5% de son chiffre d’affaires ? Cette incapacité à résoudre ce problème crée une crise de confiance et, du coup, conduit à une défiance des investisseurs vis-à-vis des politiques et à une réticence des marchés.

Ce problème de confiance repose sur deux choses, la première c’est l’incapacité à accepter ses erreurs et, la seconde, l’incapacité à prendre ses pertes. Il y a eu des erreurs commises dans la zone euro de part et d’autre : en Grèce, par exemple, mais les Européens en tant que tels n’ont pas suffisamment surveillé ce pays. L’erreur est donc partagée. Quand il y a une erreur, il y a un coût. Plus tôt on paye ce coût, plus vite on s’en sort. Tout chef d’entreprise sait que quand il est en difficulté, il lui faut trouver les causes, payer et relancer l’entreprise. Ce qui se passe aujourd’hui dans la zone euro est l’inverse. Chacun tente de mettre la poussière sous le tapis, pour éviter de payer le coût de ce qui a été perdu. Conséquence, on se berce d’illusions en pensant qu’en prêtant aux Grecs, ces derniers pourront rembourser. Or les Grecs ne pourront pas rembourser et alors qu’il aurait fallu payer à la place des Grecs, on s’engage dans quelque chose qui va durer 5 ans, 10 ans, et où la facture est chaque jour de plus en plus lourde. Il y a un an, 100 milliards auraient suffi pour régler le problème, aujourd’hui, il en faut 250, dans un an, il en faudra 400. Cela devient politiquement et économiquement de plus en plus difficile, parce que l’on n’a pas eu le courage, au début, de prendre la perte et repartir vers la croissance. On voit, à travers cet exemple que les questions techniques sont presque secondaires et que les décisions qu’il faut prendre sont de nature politique, si l’on veut garder la maîtrise de son avenir. On comprend qu’il soit difficile pour la chancelière Angela Merkel et pour le président Nicolas Sarkozy de dire chacun de son côté, aux Allemands ou aux Français, «nous sommes dans une zone monétaire, il y a une perte, il faut que tout le monde paie cette perte». C’est là qu’est le choix, difficile, certes, mais qui aurait permis de repartir sur un bon pied et qui aurait montré la capacité d’un leadership politique capable de prendre des décisions, si difficiles soient-elles, au moment voulu. Bien sûr, il y aurait eu des tensions porteuses d’orages, entre les souverainistes d’un côté et les autres, des tensions compréhensibles en ces temps d’économie mondialisée, qu’il aurait fallu résoudre et trancher. Jean Pierre Chevènement nous avait mis en garde au moment du traité de Maastricht qu’il combattait en disant que «si l’on mettait le doigt là-dedans, il fallait aller jusqu’à l’intégration complète». Il avait raison de le dire, on ne peut pas s’arrêter au milieu du chemin, il fallait aller jusqu’au bout, ce qui n’a pas été fait par les chefs d’État européens lors des différents sommets. De ce point de vue, ce qui s’est passé au Maroc avec la nouvelle Constitution est une amélioration de la gouvernance. Tout pas en avant en matière de gouvernance est un pas décisif et plus que jamais avec cette crise de 2008, on sait que la gouvernance est essentielle. Quelle conclusion de cette troisième leçon du moment dans lequel nous vivons ? Que les politiques doivent faire preuve de leadership, d’esprit de décision pour résoudre les problèmes et non pas les reporter. Cela pose bien sûr des problèmes de tension, je l’ai dit, mais il ne faut pas laisser proliférer les conséquences des tensions. Rien de tout cela ne se fait sans leadership et sans solidarité, car il n’y a pas d’union sans solidarité et ceci intéresse directement les pays du Maghreb. Il ne suffit pas de faire des réunions et des sommets, il faut comprendre que l’on s’engage loin dans la solidarité et qu’il ne s’agit pas d’un simple service commun comme pour un syndic dans un immeuble. Cela veut dire beaucoup plus que cela, par exemple dans le cas de l‘Europe et de l’union monétaire, cela veut dire qu’il faut passer par des transferts budgétaires. Cela veut dire aussi subir avec les autres et avec toutes les conséquences que cela implique. Au point où en sont les Européens, au point où en seront les hommes et les femmes au Maghreb si l’intégration maghrébine prend forme, il y a une leçon qu’il faut tirer : on ne peut pas faire les choses à moitié. On est totalement marié ou on ne l’est pas. On ne peut pas être à moitié marié et c’est ce qui transparaît dans le débat de la zone euro.

« Le grand pari du pôle euro-méditerranéen ? » 

En conclusion, je dirais qu’il est aujourd’hui facile de critiquer les Européens, mais il ne faudrait pas que «ce désamour» tourne à la caricature. Il ne faudrait pas que ce qui a été créé par les Européens, malgré toutes les difficultés, soit passé par perte et profit. C’est cet espace du monde où il y a eu deux guerres mondiales et des millions de morts qui ont nourri les terres de la France et d‘Allemagne, c’est cet espace qui a été capable depuis 50 ans de régler les problèmes sur le tapis vert et surtout de bannir la guerre, de la mettre hors la loi comme disait ce ministre et président du Conseil, prix Nobel en 1926, Aristide Briand. Il faut comme le soulignait dans ce forum Alain Bentolila « la priorité du verbe sur la violence ». Ce résultat n’a jamais été atteint dans le passé. Aujourd’hui, le problème qu’il faut régler rapidement et dans la paix, c’est le problème de gouvernance.

Cela se fait en Europe, mais le reste du monde est soumis à la tension et à la guerre, je ne pense pas seulement à l’Irak et à l’Iran, mais aussi à d’autres endroits où continue à subsister la guerre. Il y a un modèle européen dont on ne peut pas sous-estimer la valeur et dont on peut s’inspirer.

Deuxième dimension, ce sont les Pactes des droits de l’Homme. Tous les pays européens ont banni la peine de mort, alors qu’il reste, même dans les pays qui se disent développés, des criminels qui sont condamnés et exécutés au nom de quelque chose que, moi européen, je considère comme barbare. Les droits de l’Homme ont été un registre important porté en avant par cette Union européenne, même si cela l’a été parfois maladroitement. L’Union européenne, c’est aussi cet espace où l’on pollue le moins à un moment où le danger environnemental est devenu majeur. C’est là que se trouve le modèle de croissance où par unité produite, on pollue le moins. L’Europe a donc créé un modèle pour la paix, les droits de l‘Homme, le respect des normes environnementales. Reste la question de savoir si cette Europe est capable de maintenir ce modèle, c’est là tout l’enjeu. Il ne faudrait pas que ceux qui soutiennent ces valeurs viennent à se détourner du modèle européen au motif que certains n’arrivent pas à régler un problème de 1,5% du PIB. Cet exemple européen doit continuer de vivre et de servir le reste de la Méditerranée. Je suis très attaché à cette région, sans doute parce que j’ai chacun de mes pieds des deux côtés de cette Méditerranée. Mais c’est aussi pour une autre raison. Je vois bien la carte du monde que les instituteurs présenteront à nos gamins dans les années 2020 ou 2030. On leur montrera un grand ensemble de l’Amérique du Nord autour des États-Unis, de l’Amérique du Sud autour du Brésil, un grand ensemble asiatique autour de la Chine, un grand ensemble indien. Le pari reste ouvert pour l’Afrique et pour l’Europe. Si cet ensemble européen n’est pas démantelé, s’il n’est pas satellisé par les États-Unis, s’il est encore un grand ensemble européen, c’est qu’il est obligatoirement un grand ensemble euro-méditerranéen. Le fondement de notre culture est là parce que l’on ne peut pas passer une frontière dans le détroit de Gibraltar. Et si nous voulons que cet ensemble continue d’exister, et quelle que soit la façon dont on l’appelle, cet ensemble-là, euro méditerranéen, est une condition de l’existence d’un pôle capable dans une, deux, trois décennies de rivaliser avec les trois ou quatre grands autres pôles du monde. Pour cela, il faut une union entre l’Europe et le Maghreb et il faudrait que le produit des révolutions arabes soit capitalisé. Il faudrait, en d’autres termes, tirer les leçons de l’ébranlement que nous venons de connaître en Europe et dans le monde arabe et les conséquences de ces leçons sur l’organisation possible du travail en commun.

C’est à cela que pourraient servir des forums comme celui de Casablanca. C’est en abordant différents angles, différentes thématiques qui constituent le cœur de nos préoccupations, que l’on fait le tour des quatre grands piliers des problèmes de demain : la question des inégalités et de son lien avec la croissance, la fin de la domination occidentale et de son emprise et exception technologique, la nécessité de règles de gouvernance qui permettent la décision, mais aussi les conséquences démocratiques de ces règles de gouvernance qui ne peuvent pas garder les peuples à l’écart des décisions et enfin la solidarité active entre ceux qui décident de faire le chemin ensemble et qui ne doivent pas s’arrêter à des mécanismes des banques centrales et des traités comme c’est le cas de l’Europe. Ce sont là des thèmes structurels profonds qui vont nous occuper pendant de nombreuses années encore et qui nécessitent un leadership politique. Car tout ceci n’est possible que si les politiques prennent leurs responsabilités. Le Maroc l’a bien compris et nous le voyions dans la manière dont il a traité les tensions nées du Printemps arabe.

Publié le : 6 Février 2012 – Intervention revisitée et mise en forme par Farida Moha, LE MATIN


Un merci particulier au Visiteur du Comité de soutien à DSK de nous avoir trouvé le texte de la conférence tenue par Dominique Strauss-Kahn.

Détrompez-vous, nombreux sont les soutiens qui croient en DSK, en France et dans le monde :

 

Retrouvez aussi cet article sur mon autre blog au Nouvel Obs.

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Publié dans Actualité, DSK, Politique

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