La monarchie française du XXIème siècle : le Palais Bourbon a toujours été une caste ne représentant qu’elle-même


Palais Bourbon 3

« Selon un extrait du « Droit à l’intelligence » du généticien et biologiste évolutionniste Russo-américain, Theodosius Dobzhansky, les sociétés à castes et à classes rigides faisaient un gaspillage impardonnable de talents… Mais il faut reconnaître que de telles sociétés réduisaient les aspects nocifs de la compétition. »

 

Si vous pensez que les trois dernières révolutions françaises, auxquelles ont été puisées notre devise, Liberté – Fraternité – Egalité, ont permis d’abolir définitivement la monarchie, vous vous trompez… cette devise est finalement une illusion masquant des inégalités de plus en plus criantes. Surtout si vous êtes issue de la classe populaire, vous avez des grandes chances de ne pas être ou peu représenter à l’Assemblée nationale.

C’est en réalité ce qui s’est toujours produit au cours de la longue histoire du Palais Bourbon, dans laquelle la classe populaire, qui est composée d’ouvriers et de salariés, représente seulement 2,6 % de la totalité des députés à l’hémicycle cette année, c’est-à-dire que nous comptons qu’un député représentant cette catégorie sociale et malgré que celle-ci représente tout de même 50,2 % de la population française active. Cherchez l’erreur !

C’est le constat accablant qui ressort de l’étude réalisée sur l’Assemblée nationale par le sociologue et politologue, Eric Keslassy : « Une Assemblée nationale plus représentative ? (Sexe, âge, catégories socioprofessionnelles et pluralité visible)« .

Etude publiée par l’Institut Diderot, dans lequel son président, Jean-Claude Seys, a rédigé la préface présentant l’étude du sociologue :

[… Éric Keslassy fait le tableau de la représentation des Français dans les instances élues, en particulier au Parlement ; pour être factuelle elle n’en soulève pas moins d’intéressantes questions concernant la représentativité en démocratie et l’exercice du pouvoir.

Les Grecs anciens, qui nous ont légué le concept de démocratie, simplifiaient le problème de la représentativité en ne considérant comme citoyens qu’une fraction minoritaire et relativement homogène de la population : les hommes libres, chefs de famille, autonomes sur le plan économique ; les élus constituaient mécaniquement un miroir du corps électoral, sinon de la société dans son ensemble. (…) …]

Tout d’abord, Eric Keslassy constate :

[… que l’on occulte trop souvent que les difficultés économiques, en perdurant, sont à l’origine d’une crise politique qui se manifeste notamment par une abstention croissante et la montée des extrêmes. Au sortir des élections de 2012, il est désormais temps de prendre acte du fait que cette perpétuation des crises économiques a nourri une grave crise politique. Une grande partie des citoyens n’accorde plus leur confiance à leurs représentants, qu’ils soient de droite ou de gauche, pour résoudre leurs problèmes économiques et sociaux. Ils ressentent avec d’autant plus d’acuité que le politique est dominé par l’économique, que son impuissance a déjà été admise par les responsables en place. (…)

Cette défiance générale envers le politique n’empêche pas l’expression de deux demandes fortes de la part du corps social.

La première est une exigence éthique. Alors que les Français sont aujourd’hui 69 % à juger les politiques « plutôt corrompus »3, ils attendent d’eux qu’ils adoptent un comportement irréprochable tant sur le plan du respect de la loi que de la morale. Cette note n’a pas pour objet d’examiner les conséquences de ce double constat mais remarquons que la multiplication des « affaires » – qu’elles soient judiciaires ou simplement médiatiques – est évidemment un bien mauvais signal.

La seconde exigence des citoyens à l’égard du personnel politique est une demande de représentativité : « puisque vous êtes inefficaces, nous souhaitons au moins pouvoir nous reconnaître en vous ». La distorsion sociologique qui existe depuis longtemps entre le « pays légal » et le « pays réel » est désormais perçue comme une nouvelle trahison. (…) …]

Néanmoins, le sociologue et politologue consent que « les politiques l’ont d’ailleurs bien compris, comme en atteste certains des critères retenus au moment de la formation des récents gouvernements. On l’a oublié aujourd’hui mais, en 2007, Nicolas Sarkozy s’était déjà engagé à mettre en place une équipe gouvernementale parfaitement paritaire » (…). Mais cette équipe qui devait être « parfaitement » paritaire s’est avérée par la suite être en fait de compte « qu’une tactique purement politicienne pour occuper l’espace médiatique ».

Mais sur la question de la représentativité des catégories représentant le peuple et notamment portant sur un critère qui fait défaut depuis des lustres : la sous-représentation de la classe populaire composée d’ouvriers et de salariés (la France d’en bas de Raffarin) à l’Assemblée nationale, de par ce défaut criant, « la Nation » est et a toujours été « une entité abstraite », puisqu’elle a longtemps « délégitimé tout débat autour de la représentativité de la représentation nationale ».

Or, la loi sur la parité du 6 juin 2000 et la modification de ses articles 3 et 4 de la Constitution, en 1999, ont reconnu que la Nation « indivisible » est composée d’hommes et de femmes dont il faut favoriser « l’égal accès aux mandats électoraux et fonctions électives », article 1er de la Constitution, auquel est admis juridiquement que les députés doivent ressembler à la population du point de vue du « genre ».

Le profil type du député : homme, blanc, de plus de 50 ans, appartenant aux couches sociales supérieures

C’est ce qu’a fait paraître l’étude du politologue, par laquelle l’étude de « trois critères » qui lui a été donné d’examiner, concerneraient « l’âge, la catégorie socioprofessionnelle et la pluralité visible ».

[… D’abord selon lui, il paraît essentiel aujourd’hui de tenir compte des aspirations citoyennes pour une meilleure représentativité : une nette majorité de Français (55%) considère que « la société française n’est pas très bien représentée et (qu’) il est important que plus de jeunes, de femmes et de personnes issues de l’immigration exercent des responsabilités politiques. »5

Ajoutons qu’une trop forte distorsion entre la composition sociale des députés et celle du peuple met à mal le principe démocratique fondamental de l’égalité devant le mandat public : l’article 6 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen (26 août 1789)…

Le fait qu’il y a en réalité, depuis très longtemps, un profil type du député – homme, blanc, de plus de 50 ans, appartenant aux couches sociales supérieures – témoigne au contraire de l’existence de blocages qui, de fait, ne donnent pas à tous les Français les mêmes chances d’entrer au Palais Bourbon.

(…)

Afin, d’éviter une déformation trop importante de la distribution sociale des députés apparaît donc comme une nécessité démocratique, ne serait-ce que pour améliorer l’image du personnel politique. Rien n’est plus dévastateur, en ces temps de crise de la démocratie représentative, que la perception d’une classe politique coupée des réalités sociologiques d’un peuple qu’il est censé représenter. L’image d’un monde politique, replié sur lui-même et favorisant l’entre-soi, est directement à l’origine du scepticisme des citoyens vis-à-vis de ses représentants. …]

Une représentativité sociale introuvable ?

« Les élites politiques ne sont jamais représentatives des équilibres socioprofessionnelles de la population », a constaté Eric Keslassy.

En effet, à l’Assemblée nationale on constate que dans deux catégories socioprofessionnelles, une écrase l’autre par rapport à leurs poids respectifs dans la population active, c’est celle des cadres et professions intellectuelles supérieures qui est surreprésentée, alors que celle des employés et ouvriers est sous-représentée.

assemblé nationale

Ces chiffres traduisent une autre inégalité : « l’ascendeur social n’existe plus » 

Pour celui qui est issu de la catégorie sociale aisée, dont ses ressources favoriseront l’élection, mais aussi grâce à « un capital économique élevé, à un fort capital social (réseau relationnel et statut social) et à un nécessaire capital culturel (diplôme et capital politique) et puis grâce aussi à « la flexibilité d’emploi du temps rendu possible par certaines activités professionnelles (comme les professions libérales) ».

Ensuite, concernant le secteur de la fonction publique, l’étude relève que le fonctionnaire relevant de ce secteur ne court aucun risque sur la question de son devenir professionnel, puisqu’un fonctionnaire peut se mettre en disponibilité pour exercer son mandat et en cas de défaite ou à l’issue de son mandat, il « retrouvera son poste exactement dans les mêmes conditions en termes de rémunération et d’ancienneté qu’au moment de son détachement ».

Alors que c’est tout le contraire pour le salarié relevant du secteur privé, il lui sera nettement plus difficile d’accéder à un mandat local ou national, d’une part, parce que ses ressources financières sont insuffisantes et d’autre part, il devra interrompre sa carrière professionnelle en n’étant pas sûr qu’il pourra récupérer son poste de travail en cas de défaite ou de fin de mandat.

[… Le résultat est incontestable : les bancs de l’Assemblée nationale sont très largement occupés par la « classe supérieure ». Et il semble peu envisageable de modifier cet état de fait, tant il paraît constituer une sorte de loi sociologique du champ politique : l’élite sociale s’accapare la représentation nationale, déplore le sociologue. …]

Les cumulards se remplissant les poches en vidant celles des moins remplies

Qui plus est, une grande majorité des députés (de la France d’en haut) sont des cumulards, cumulant plusieurs mandats, donc plusieurs salaires, alors que la crise économique que nous vivons touche justement la France d’en bas. Alors que la fin des cumuls des mandats fait partie des promesses de François Hollande et qu’une fronde s’emploie à ce que cette promesse ne voit jamais le jour.

De plus comment oublier les propos tenus par Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP, qui selon lui, « si on n’a ici que des gens qui se contentent de 5 000 euros par mois, on n’aura que des minables ». 

Youtube – L’oligarchie des incapables au Soir 3 – Ajoutée par Patrick Germano le 6 févr. 2012

[… Par le cumul des mandats, les « entrepreneurs politiques » cherchent également à améliorer leur situation financière – même si les indemnités des élus sont plafonnées. Mais, on l’aura compris, cette pratique est surtout un moyen pour les politiques de limiter l’accès aux responsabilités politiques de leurs concurrents. Les « cumulards » se comportent comme des insiders du système politique, refusant l’arrivée d’outsiders parmi lesquels on compte notamment ces « profils atypiques » qui pourraient en améliorer la représentativité.

Ainsi, outre l’absentéisme des parlementaires tant décrié par les citoyens20 et la confusion entre leurs missions nationales et locales21, le cumul des mandats renforce la crise de la démocratie représentative en verrouillant la vie politique. Le monde politique apparaît dès lors comme une « caste » particulièrement fermée et repliée sur elle-même – ce qui, plus généralement, fait écho à la panne de l’ascenseur social qui affecte notre société démocratique. Cette culture de l’« entre soi » empêche le renouvellement attendu du champ politique. Se donner une chance d’y faire émerger de nouveaux visages et surtout de nouveaux profils suppose donc de mettre un terme au cumul des mandats. Les Français y sont fortement favorables, comme l’a démontré l’enquête IFOP pour « Acteurs publics » de juin 2012 : 92 % d’entre eux approuvent la mesure d’interdiction à un parlementaire de cumuler ses fonctions avec un mandat exécutif local. …]

Force est de constater que nous sommes bien dans une monarchie qui s’accapare le pouvoir et ne représentant qu’elle-même

Mais au-delà de cette crise que les plus faibles se prennent en pleine poire, on doit également constater que ces députés qui sont censés en théorie nous représenter ne règlent pas les problèmes les plus graves qu’une grande majorité de Français rencontre dans leur existence.

Et notamment sur la question de la régulation du petit monde de la finance, s’évertuant chaque jour qui passe à nous plonger au fin fond du précipice, à cause notamment à la course au profit, mais qui n’est profitable qu’à cette caste d’oligarque, bien entendu cela va de soi.

Force est de constater qu’ils n’ont pas levé le petit doigt à cet énorme problème qui cause tant de souffrance et de drame dans notre pays : licenciement, délocalisation… La cause de cet échec est dû non seulement à la corruption qui frappe nos politiques, mais aussi à leur inaptitude et/ou à leur incompétence, qui pour certains d’entre eux est de notoriété publique.

Ce constat amer fait mentir notre chère Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, et surtout son article VI, qui stipule en effet que « la Loi est l’expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ».

En conclusion

« En dépit des quelques progrès constatés, l’élection législative de 2012 n’aura pas permis de modifier le profil type du député qui reste un homme, blanc, de plus de 50 ans et issu des couches sociales supérieures », conclut ainsi l’étude d’Eric Keslassy.


Retrouvez aussi cet article sur mon autre blog au Nouvel Obs.

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Publié dans Actualité, Politique, Société

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