Les dysfonctionnements de l’hôpital sont dû essentiellement à la politique de santé passée (et à venir ?)


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« Selon une citation d’Eugène Chatelain : En politique toute faute est un crime. »

 

Le drame où s’est déroulé le décès du bébé à la maternité de Cochin-Port Royal à Paris ne reflète, malheureusement, que les dysfonctionnements récurrents que rencontrent quasiment tous les hôpitaux publics.

Alors qu’une triple enquête a été lancée, une énième, afin de déterminer la cause et les responsabilités de ce drame.

Bien que notre pays fut le fondateur du Service d’Aide Médicale d’Urgence (SAMU) en 1956 [modèle repris depuis par tous les pays du monde] ou encore, lorsqu’elle fut la pionnière en la matière avec la découverte révolutionnaire de Louis Pasteur, le vaccin.

Et que la Cour des comptes, elle, dans notre XXIème siècle, dresse un rapport accablant sur lequel est révélé qu' »avec 3,8 décès pour 1000 naissances, la France est passée, en quelques années, du 7e au 20e rang européen en termes de mortalité infantile« .

Ces chiffres sont inacceptables et intolérables pour un pays moderne tel que la France et pas seulement pour sa longue histoire en qualité d’amélioration du système de santé public ou sur les découvertes médicales majeures, mais le plus consternant, c’est bien cette dégradation du système médical progressant inexorablement à la déchéance en appauvrissant nos villes, nos quartiers, nos villages. 

Les politiques, eux, restent sourds et aveugles sur le manque de moyens financier et humain que subit l’hôpital public.

Comment nous en sommes arrivé à cette déchéance ?

Tout d’abord, il n’est pas très utile de sortir de l’ENA pour comprendre que la seule cause qui a entraîné la dégradation de la prise en charge des patients dans les hôpitaux, c’est la mauvaise politique de santé mise en place au cours de ces dix dernières années.

Or, c’est bien la faute aux politiques qui ont dégradé notre système de santé par la baisse de son financement créant ces dysfonctionnements, auxquels les services hospitaliers font face de plus en plus difficilement.

Pour preuve, faute de moyens financier et humain et à fin d’y faire face, les services hospitaliers ont recours à la suppression des lits. Ou bien encore, le démantèlement progressif des hôpitaux de proximité et qui a eu pour seul « bénéfice » d’avoir créé des déserts médicaux dans nos campagnes et nos quartiers dits défavorisés.

Mais aussi, les déremboursements des médicaments. Ensuite, la généralisation des dépassements d’honoraire, récemment légalisé en pleine crise. Rajoutons à cela, le coût des frais médicaux de plus en plus exorbitant et de moins en moins de Français n’a plus accès à la santé… tout ceci a eu l’effet pervers de favoriser le business des cliniques privées et des laboratoires pharmaceutiques et qui eux ne connaissent pas la crise. Et bien sûr, au détriment des intérêts et de la santé des Français, car ce business a instauré de facto un accès à la santé à double vitesse.

Les responsables sont avant tout les mesures politiques prises par la droite, mais il semblerait aussi que le nouveau gouvernement et le président Hollande n’ont pas pris pleinement conscience que ces politiques menées hier ont carrément flingué l’hôpital public.

Alors que l’ancien occupant de l’Elysée, Nicolas Sarkozy, et la droite durant plus de dix ans nous ont montré leurs visions étriquées et libérales de l’hôpital public et qui consistent à dire que l’hôpital public doit fonctionner comme une entreprise, tout en décidant à l’encontre de l’intérêt général une baisse progressive de son financement.

Bien que le but de toute entreprise est de faire des bénéfices, l’hôpital public, lui, n’est pas une entreprise. L’hôpital est un service de santé dédié à sa population et qui a pour mission première, soigner, que vous soyez riche ou misérable.

Alors bien entendu que l’hôpital public doit faire attention à équilibrer son budget, mais l’hôpital n’a pas vocation à faires des bénéfices, ce qui consisterait à dire que la santé des patients est un fonds de commerce. Or la santé des êtres humains ne doit pas être considérée comme d’une marchandise à valeur ajoutée et c’est pourtant le cas aujourd’hui.

projet-loi-hopital-patients-sante-territoires-L-2Le business dans lequel les cliniques privées se sont orientées devient insupportable pour les Français, car non seulement, il participe à l’aggravement du dysfonctionnement des services hospitaliers, mais en outre, il fait défaut à la déontologie médicale.

C’est ce qu’a révélé l’émission, le Magazine de la santé, sur France 5 dans son enquête de santé sur le fonctionnement des services d’urgence, qu’ils soient publics ou privés : « La vérité sur les urgences« 

[… Les services reçoivent tous les patients qui se présentent, c’est la règle… Mais ces patients qui pourraient être adressés à un généraliste font faire « du chiffre » aux hôpitaux. Un patient, c’est un acte, et c’est au nombre d’actes que l’hôpital est rémunéré… Alors, plus les urgences reçoivent, plus l’hôpital est gagnant.

Dans un  rapport de 2007, la Cour de comptes note « un dispositif tarifaire qui incite au volume » et ajoute : « Ceci apparaît contradictoire avec l’objectif de développement de la permanence des soins et de désengorgement des services d’urgence. » …]

Hormis le dispositif tarifaire mis en cause lors de l’enquête et ayant pour conséquence perverse de créer une course effrénée au « chiffre » et ce qui est en totale contradiction sur le problème d’engorgement que doivent affronter tous les services d’urgence publics. Si l’hôpital est gagnant sur le nombre d’acte engrangé, le fonctionnement d’un service des urgences a un coût.

Pour les cliniques privées qui ont vocation pour certaines d’entre elles à assurer les urgences, elles le font a minima, car elles choisissent les patients les plus rentables.

C’est-à-dire, si le patient est jeune et surtout en bonne santé, il sera pris en charge et l’équipe soignante sera à ses « petits soins ».

Comme par exemple au cours de cette enquête dans une clinique parisienne, une patiente ne souffrant pas de multiples pathologies, mais seulement d’une sciatique, se verra proposer une hospitalisation de trois ou quatre jours pour calmer sa douleur.

Alors que dans une autre clinique située dans la région bordelaise, une patiente âgée, souffrant de multiples pathologies liées à son âge et qui a été victime d’une chute chez elle, n’a pas été mise sous surveillance au moins pour 24h et fut renvoyer chez elle, après examen. Bilan, dès le lendemain, l’état de cette dame s’est aggravé et elle a dû être prise en charge pour une détresse respiratoire par le service des urgences de l’Hôpital de Bordeaux, lui est saturé.

Par ma propre expérience, j’ai travaillé pour un service des urgences d’une clinique privée et j’ai pu constater ce clientélisme.

J’ai été confronté, non seulement, à des médecins généralistes qui par paresse ou autres motifs envoyaient leurs patients pour ôter un simple plâtre, mais aussi au « renvoi » de certains patients n’étant pas « client ou suivi » par un spécialiste de ladite clinique.

Voici la question récurrente venant de la part de certains de ces médecins aux patients arrivants : « Vous êtes suivi par un médecin de la clinique ? » Suivant la réponse donnée par le patient, qui dans l’affirmative sera « bien reçu » avec déroulage du tapis rouge en prime, ou alors…

Mais le plus grave dysfonctionnement que j’ai pu constater dans cette clinique, c’est sans aucun doute les urgences neurologiques qui faute de spécialiste n’étaient pas assurées et donc un patient arrivant avec des symptômes pouvant faire apparaître un AVC, était renvoyé vers l’hôpital, qu’il soit venu seul ou accompagné, il s’y rendait par ses propres moyens.

Dysfonctionnement, qui selon moi, est contradictoire au fonctionnement d’un service dit des urgences, un service de ce type doit pouvoir assurer toutes les urgences ou alors cela ne s’appelle pas un service des urgences.

hopitalBref, qui oserait dire aujourd’hui que notre système de santé fonctionne à merveille ? Personne. Or, tout le monde a pu observer ou a été confronté à un moment de sa vie, au dérèglement des services hospitaliers. Sauf que ce dérèglement n’est pas exceptionnel, mais bien récurrent et journalier.

Lors de la campagne électorale et sur l’engagement du candidat Hollande souhaitant créer 60 000 postes dans l’Education nationale et pour lequel François Hollande a eu ces mots : « Je considère qu’il est de mon devoir de faire de l’école une grande cause nationale ».

Alors il est aussi de notre devoir de décréter que l’hôpital public doit être reconnu comme étant une grande cause nationale, en lui donnant pour son bon fonctionnement les moyens financiers et humains.

Expliquez-nous alors comment nos enfants peuvent-ils accéder à notre système de santé quand il se trouve justement être défaillant ?

Question qui entraîne une autre, comment peuvent-ils suivre un enseignement quand sa prise en charge est défaillante ?

Autant il est indispensable qu’ils puissent accéder à l’enseignement, autant il est aussi indispensable, voire vital, qu’ils puissent accéder à la santé.


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Retrouvez aussi cet article sur mon autre blog au Nouvel Obs.

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Publié dans Actualité, Politique, Société
2 comments on “Les dysfonctionnements de l’hôpital sont dû essentiellement à la politique de santé passée (et à venir ?)
  1. Rabbi dit :

    Petite rectification: Louis Pasteur n’a jamais inventé le vaccin. Il a créé le premier vaccin contre la rage. En fait, la vaccination avait déjà été inventé par l’anglais Edward Jenner près d’un siècle plus tôt. Il s’agissait du vaccin contre la variole. Bonne journée à tout le monde !

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