L’évolution de la Terre, des espèces et de l’homme : du Trias au Jurassique


Animal Armagedon Trias Jurassique

« La mort est une volonté de la nature. » Marc Aurèle

 

Cet article sur l’évolution de la Terre, des espèces et de l’homme s’appuie sur le documentaire, « Animal Armageddon : Triasique parc » (que vous pouvez visionner ici).

Bien que l’évolution de la Terre, des espèces et de l’homme soit un sujet controversé dans le monde scientifique…

Néanmoins, grâce à la recherche des fossiles (Paléontologie) par exemple, qui permet non seulement la reconstruction des êtres ayant vécu dans le passé, mais aussi de comprendre son histoire.

Ainsi que grâce à l’étude des couches internes et externes de la Terre (Géologie), qui permet en outre d’analyser sa composition, sa structure et son histoire, à partir desquelles permettent de lire l’histoire des couches superposées -appelait strate-, comme dans un livre où on tournerait une page après l’autre, et donc son passé, vieille de 4,55 milliards d’années.

L’étude du temps géologique ne pourrait être possible que s’il n’y aurait pas des méthodes de calcul, comme par exemple la méthode de datations radiochronologiques et qui permet, en outre, d’étudier les météorites

Bref grâce aux diverses recherches et analyses scientifiques, tous s’accordent à reconnaitre que notre planète a vécu et à de nombreuses reprises des catastrophes qui ont entraîné de façon inévitable des bouleversements climatiques et écologiques majeurs.

Les premières victimes de ces catastrophes sont les êtres vivants, à l’occurrence les espèces animales et végétales.

En effet, nombreuses d’entre elles ont disparu de la surface de la terre.

Et pourtant, à chaque fois que la disparition d’une ou plusieurs espèces semblait inévitable et bien que leur habitat et leur environnement s’en sont trouvé profondément bouleverser, certaines d’entre elles ont fait preuve d’une résistance inattendue et d’une adaptation remarquable en survivant, alors que d’autres, pour X raisons, n’ont pas eu cette capacité d’adaptation et ont été condamnées à disparaître.

Tout ceci nous le devons à la recherche scientifique et bien que celle-ci a édifié des certitudes et a aussi démontré ou montré des évidences sur l’évolution, elle n’est pas pour autant dogmatique ou renfermée sur elle-même.

Lorsqu’un élément est découvert et que son étude permet de conclure son chapitre, ce chapitre n’est pas pour autant clos, car d’autres découvertes sont à venir et elles pourraient d’un revers de main balayer toutes ces certitudes… c’est pour cela que les recherches scientifiques ne sont jamais terminées et que le livre de l’histoire de notre planète est bien loin d’être achevé.

On dénombre sur notre planète cinq à six épisodes majeurs ayant entrainé des extinctions massives d’espèces animales et végétales.

Bien loin de l’épisode catastrophique situé durant la période de la fin ordovicienne et du début silurien (440 millions d’années) et qui causa une extinction massive des espèces. Selon les scientifiques, cette catastrophe serait due à une étoile, qui en explosant à 6 mille années de lumières de la Terre se transforma en une super nova et aurait bouleversé l’écosystème avec ses puissants rayons gammas.

Mais aussi bien après celui de l’épisode dramatique du Dévonien (377 millions d’années) pour ses habitants, d’où une éruption volcanique sous-marine aurait causé la perte de 70 % des espèces animales et végétales, non pas brutalement, mais en une série d’extinctions se déroulant sur une période d’environ 3 millions d’années.

Et bien encore après celui de l’épisode de la fin de l’ère du Permien et du début du Trias tout aussi dramatique, qui au cours de lequel une autre éruption volcanique aurait provoqué la disparition de 70 à 90 % d’espèces aquatiques et terrestres, selon les scientifiques.

Nous sommes à présent durant l’ère du Mésozoïque et entre les périodes de la fin du Trias Supérieur et du début du Jurassique Inférieur Lias. (Voir l’échelle des temps géologiques)

Il y a donc 200 millions d’années une gigantesque éruption de cendres et de lave toxique provoqua une chaleur étouffante tout en libérant des gaz toxiques. 

Cette nouvelle éruption volcanique s’est déroulée sur une période d’environ 600 000 mille ans et provoqua une autre extinction massive.

Une des raisons pour laquelle cette extinction fut si massive est particulièrement due au taux du dioxyde de carbone rejeté dans l’atmosphère.

En effet, son taux était 10 fois supérieur qu’à notre époque actuelle.

A l’instar des premiers dinosaures qui furent les espèces animales les mieux adaptées pour survivre dans cette atmosphère polluée et bien que son règne durera près de 160 millions d’années, nous verrons que d’autres espèces animales se sont aussi bien adaptées à ce bouleversement écologique et pas les moindres, nos ancêtres, les premiers mammifères et qui eux profiteront bien plus tard du déclin de ces derniers.

Fermez vos yeux et imaginez la planète rouge, Mars, qui sans eau et oxygène, est un désert hostile où rien ne vit. C’est dire que Mars est aux antipodes de notre monde actuel, et pourtant, cette réalité glaçante a bien failli devenir celle de la Terre.

La Pangée Trias JurassiqueA cette époque sur Terre, le climat est chaud et humide, des forêts luxuriantes et d’immenses plaines boisés s’étendent d’un pôle à l’autre.

D’après le professeur en biologie et en sciences terrestres et spatiales, mais aussi professeur en paléontologie à l’Université de Washington, le Dr Peter Ward explique que « les tropiques du Trias devaient ressembler aux tropiques d’aujourd’hui. Sauf qu’actuellement, plus on s’éloigne de l’Equateur et plus il fait froid. Au Trias, il devait faire chaud partout à cause du pourcentage élevé du dioxyde de carbone (CO2) et de gaz à effet de serre (GES). La différence se voyait surtout dans la flore et la faune. »

Un supercontinent, appelait la Pangée, forme la Terre, mais il se divisera au début du Jurassique en plusieurs continents tels que nous les connaissons actuellement.

D’étranges créatures peuplent la Terre. Des reptiles volants, des herbivores cuirassés géants et d’habiles prédateurs tapis sous la surface. Mais aussi nos lointains ancêtres, les premiers mammifères connus.

Tous ces animaux habitent depuis plusieurs dizaines millions d’années ce supercontinent qu’est la Pangée.

« Le Trias a dû être l’une des époques les plus palpitantes de l’histoire de la vie sur Terre, explique le Dr Ward. C’est une étrange période de transition entre ceux qui vivaient avant et ceux qui naitront après. »

La Terre est toujours en rémission après la terrible extinction massive qui la laissa presque pour morte.

En effet, 50 millions d’années plus tôt, le Permien a connu une fin tragique lorsque la terre s’est ouverte, dessous la Sibérie, en laissant s’échapper de la lave et des gaz toxiques durant 1 million d’années. Le cataclysme a transformé un paradis luxuriant et prospère en un désert désolé et hostile. 70 % des espèces terrestres et 90 % des espèces aquatiques ont disparu à jamais.

Cependant, quelques animaux ont tenu bons et pour cette maigre poignée de survivants la période de guérison a été longue.

50 millions d’années plus tard, les écosystèmes sont presque revenus à la normal.

Mais sous la surface, les forces qui ont rapproché la Pangée il y a plusieurs milliers d’années sont en train de la fragmenter à nouveau.

La croute terrestre flotte sous une couche de roche en fusion, appelait manteau terrestre. La circulation du magma qui compose ce manteau crée un déplacement progressif des continents, à mesure que ses forces fragmentent la Pangée, une quantité exceptionnelle de lave jaillira des entrailles de la Terre.

Une nouvelle extinction massive est en marche.

– 5h00 avant extinction

Eudimorphodon[3]Dans les montagnes des Appalaches, au nord-est de l’Amérique, un grondement sourd ébranle le paysage, apeuré, un groupe d’Eudimorphodon s’envole.

Ces créatures proches des oiseaux figurent parmi les premiers volatiles volants, ils sont appelaient aussi Ptérosaure.

« Les Ptérosaures étaient les premiers vertébrés capables de voler. Ils ne faisaient pas que de se laisser tomber d’un arbre, ils étaient également capables de décoller du sol vers le ciel », explique le biologiste et paléontologue de l’Université de Washington, Dr Christian Sidor.

Un quatrième doigt allongé borde l’extrémité de leur aile. S’ils ressemblent à une chauve-souris, le Ptérosaure vole avec la grâce d’un oiseau.

Le professeur britannique en paléontologie des vertébrés de l’Université de Bristol, Dr Michael Benton, explique « qu’il devait faire à peu près la taille d’une mouette. Il pouvait à la fois planer, battre des ailes, ces longues ailes permettaient d’exploiter les courants aériens et de rester en altitude. Il n’avait pas besoin de les agiter frénétiquement comme un colibri. »

Et tout comme une mouette, l’Eudimorphodon patrouille au-dessus des plans d’eau à la recherche de nourriture. Le poisson est aussi son met favori.

Un nouveau grondement se fait entendre, le sinistre destin du Trias frappe à la porte.

Rutiodon_fossil-1Il en faut plus pour inquiéter ce groupe de Rutiodon qui lézardent au soleil.

Du long de ses 3 mètres, armé de la tête aux pieds et équipé de redoutables crocs pointus. Le Rutiodon règne en maître dans les eaux douces de la Pangée.

Le Rutiodon ressemble à un crocodile, bien qu’ils n’aient aucun lien de parenté, ils occupaient tous deux la même place dans l’écosystème, celui d’un prédateur rusé qui s’aventure jamais trop loin de l’eau.

« La plupart du temps, le Rutiodon devait se nourrir de poissons, d’après la forme de son crane, explique le Dr Sidor. Mais si l’occasion se présentait, si un animal imprudent venait boire à la rivière par exemple, le Rutiodon devait pouvoir glisser jusqu’à lui et l’entraîner au fond de l’eau. »

Desmatosuchus,_PFNPMais le véritable seigneur de Trias est un herbivore dotait d’une formidable armure, le Desmatosuchus.

Sans prédateurs de sa taille, le monde lui appartient. Lourd comme un camion de 2 tonnes, sa carapace le protège des agressions potentielles.

« Le Desmatosuchus possède une véritable armure qui recouvre la totalité de son corps, avec des piquets géants au niveau de son épaule. C’était surement redoutable pour se protéger de ses adversaires », précise le Dr Sidor.

Mais les jours paisibles du Desmatosuchus sont comptés.

Depuis plusieurs semaines les animaux de la région se sont accoutumés à ces grondements mystérieux. Aujourd’hui, ils vont payer le prix de leurs négligences.

– 0h00 avant extinction

De gigantesques panaches de vapeur brulante s’échappent de la terre.

Ces geysers sont cent fois plus puissants que l’un des geysers le plus vigoureux au monde, celui du Old Faithful dans le Parc national de Yellowstone aux États-Unis. La vapeur surchauffée et les débris fusent à plus de 1 500 mètres d’altitude.

Et l’enfer ne fait que commencer.

Un nuage brulant enveloppe les Eudimorphodons, les Desmatosuchus cherchent refuge dans les hauteurs, tandis que les Rutiodons s’abritent sous l’eau.

Mais il n’y aura pas d’échappatoire, l’éruption de vapeur n’est qu’un signe avant-coureur de la coulée de lave qui se prépare.

La Pangée se déchire.

Il y a 200 millions d’années, la fragmentation de la Pangée marque le début d’une période sombre pour la vie sur Terre.

+ 1 semaine après extinction

Dans l’est des Etats-Unis actuelle, de gigantesques éruptions de vapeur brulante déclenchent l’un des plus violents évènements volcaniques de l’histoire qui divisera bientôt le supercontinent.

Le bassin de l’océan Atlantique est sur le point de se former et avec lui, ce que les scientifiques appellent, la province magmatique de l’Atlantique central.

La professeure adjointe en sciences géologiques de l’Université de Brown, USA, Dr Jessica H. Whiteside, explique que « la formation de la province magmatique de l’Atlantique central est l’un des piliers de l’histoire de la planète. C’est la pierre angulaire de la formation qui naitra à la suite de cet évènement. Mais c’est aussi un tombeau qui entraîna une extinction massive dramatique. Cette province magmatique, poursuit-elle, était la plus grande du système solaire, elle englobait à elle seule quatre continents, soit 11 millions de mètres carrés. Une surface plus grande que les Etats-Unis. »

+ 1 mois après extinction

Les semaines passent et les éruptions de vapeur se poursuivent en Amérique du nord.

Une mère fait de son mieux pour protéger ses petits à l’approche de l’apocalypse.

Megazostrodon ng_fosilC’est le Megazostrodon, notre ancêtre triasique.

Sa longue mâchoire et ses rangées de petites dents aiguisées indiquent une origine reptilienne. Mais il est couvert de poils et non d’écailles.

Le Megazostrodon est le premier vrai mammifère, l’avenir de l’humanité est entre ses pattes.

Le Dr Sidor explique que « sa survie est importante pour nous, car c’est l’ancêtre de tous les mammifères actuels. Comme la plupart des mammifères de cette taille, il devait vivre sous terre. »

Le Megazostrodon est à l’abri dans son terrier, mais ceux qui vivent à la surface ne peuvent pas en dire autant.

La Terre gronde, soudain dans un fracas assourdissant, l’éruption volcanique se déclenche. La lave jaillie par les fissures terrestres et des fontaines de magma explosent. L’évènement est bien plus destructeur que l’éruption d’un unique volcan en surface, car les fissures peuvent atteindre plusieurs vingtaines de kilomètres de long et un raz-de-marée de flamme court le long de ces failles.

D’après le Dr Ward, « c’était comme une gigantesque vague de feu en mouvement qui menaçait tous ces pauvres animaux sur son passage. »

Des troupeaux d’herbivores s’enfuient à toutes jambes, mais en vain. Leurs piquants qui les protègent des prédateurs ne font que les ralentir dans leurs courses.

« Tout qui se trouve dans la trajectoire de la vague a été immédiatement balayé », explique le Dr H. Whiteside.

Pendant des mois la lave continue de jaillir et la roche en fusion laisse dans son sillage des paysages ravagés.

« L’homme n’a absolument aucun point de comparaison pour mesurer l’étendue de la catastrophe, nous explique le Dr Ward. Il n’y a rien eu de si violent depuis la naissance de l’humanité. »

Quant aux animaux, ils désertent la côte Est des Etats-Unis, mais ils n’ont nulle part où allé.

StaurikosaurusTandis que l’exode se poursuit, un animal semble mieux équiper que les autres pour s’adapter au changement, il s’agit de l’un des tout premiers dinosaures, le Staurikosaure.

Le Staurikosaure n’est pas très grand, mais il est unique en son genre car, c’est le seul à se dresser et à marcher sur ses pattes arrières.

« Les bipèdes sont très rares, certains mammifères le sont comme l’homme, ou le kangourou. Les dinosaures ont été les premiers à comprendre l’intérêt à courir sur deux pattes », nous apprend le Dr Sidor.

Le Staurikosaure est un chasseur agile dans ce monde de quadrupède.

« Imaginez, explique le Dr Ward, le choc pour ces animaux qui existaient depuis 100 millions d’années et qui n’avaient jamais vu de bête marcher sur ses pattes arrières. Cela devait paraitre ridicule, sauf quand la bête en question se précipitait sur lui. »

Grâce à ses particularités, le Staurikosaure prend un ascendant décisif sur les autres prédateurs.

« Les premiers dinosaures n’étaient pas assez forts pour venir à bout des gros reptiles, poursuit le Dr Ward. Par contre, ils faisaient qu’une bouchée de leurs petits. »

Le Staurikosaure était l’un des plus grands chasseurs du Trias supérieur, pourtant il n’arrivait pas à la cheville du roi des dinosaures, le redoutable Tyrannosaure.

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Comment les scientifiques peuvent-ils affirmer que le Staurikosaure et le Tyrannosaure étaient cousins ?

Les deux animaux présentent des caractéristiques similaires qui permettent de les classer dans la catégorie des dinosaures.

« Tous les traits distinctifs des dinosaures, -un paléontologue vous le direz comme moi- explique le Dr Sidor, sont en rapport avec les chevilles et les hanches car, ils marchaient sur deux pattes. Avant le Trias, les bipèdes n’existaient pas, les dinosaures comme le Staurikosaure sont les premiers bipèdes de l’histoire. »

Aujourd’hui, les scientifiques continuent à chercher des caractéristiques communes qui permettraient de catégoriser de nouvelle espèce.

Malgré son agilité, le Staurikosaure ne peut échapper à l’ampleur de la destruction qui s’annonce.

Les éruptions, en effet, se poursuivent et avec elles, des effets secondaires dramatiques apparaissent aux quatre coins du globe.

La Terre est en mauvaise posture.

Combien de temps reste-t-il avant que la planète bleue se transforme en planète rouge ?

+ 50 ans après extinction

Ces éruptions ont un effet toxique sur l’atmosphère terrestre.

« Les éruptions volcaniques ne font pas que produire de la lave, c’est la conséquence la plus immédiate, nous explique le Dr Benton. Elles produisent aussi beaucoup de gaz qui sont dissous dans le magma à très haute pression. En remontant à la surface la pression chute et les gaz se diffusent dans l’atmosphère. »

Des millions de tonnes de gaz toxique sont ainsi diffusés dans l’air et le taux de dioxyde de carbone, présent dans l’atmosphère, augmente de façon exponentielle.

« Essayons d’établir une comparaison, propose le Dr Ward. Au lieu de ces volcans, imaginez 10 mille centrales à charbon, alignaient les unes à côté des autres et alimentaient par des tonnes de charbon, encore et encore, leurs cheminées crachant des gaz dans l’atmosphère. C’est exactement ce qui s’est passé avec cette province magmatique. »

Les températures grimpent en flèche, la chaleur est insoutenable.

Même les animaux vivants dans l’eau comme le Rutiodon souffrent de la canicule, il cherche la fraicheur dans les profondeurs aquatiques, mais il doit s’aventurer sur terre pour pondre ses œufs. Condition sine qua none pour pouvoir perpétuer son espèce, c’est dire que cet inconvénient condamnera cette espèce.

« Chez certains reptiles d’aujourd’hui, la chaleur détermine le sexe de l’embryon. Vous imaginez bien qu’au Trias, si certaines espèces présentaient la même caractéristique de reproduction en fonction de la température, il suffisait qu’elles ne produisent plus de mâles pour s’éteindre rapidement. C’était une façon imparable d’exterminer une espèce », explique le paléontologue, Dr Sidor.

Pour ces animaux se nourrir devient une véritable épreuve, la chaleur diminue leurs forces, la faim les conduit même à dévorer leur progéniture.

Le cannibalisme pourrait bien leur porter le coup de grâce.

+ 100 ans après extinction

La lente marche vers la mort se poursuit.

Le réchauffement brutal de la planète entraîne un nouveau cataclysme, en effet, le niveau d’oxygène n’a jamais été aussi bas.

Le géochimiste de l’Université du Wisconsin, USA, Ken Williford, nous explique « qu’il y avait à peine la moitié de la concentration d’oxygène que nous avons aujourd’hui. C’était donc bien plus difficile avec un appareil respiratoire proche du notre de vivre au Trias supérieur. »

Dans le sud-ouest des Etats-Unis, un troupeau de Desmatosuchus cherchent de la nourriture.

L’air est chargé de dioxyde de carbone, le soleil est brûlant, le niveau d’oxygène est aussi faible que sur le sommet de l’Everest. Avec sa carapace, cet animal imposant n’a jamais redouté les prédateurs, mais son pire ennemi se cache désormais en lui.

En effet, l’appareil pulmonaire primitif du Desmatosuchus associé à sa posture l’empêche de respirer et de se déplacer en même temps. Le Desmatosuchus évolue avec un mouvement latéral très proche du lézard ou de la salamandre, l’un de ses poumons se gonfle tandis que l’autre se comprime, ce qui limite grandement ses propres capacités pulmonaires et donc respiratoires.

Il y a encore une génération, ces titans pouvaient parcourir plusieurs centaines de kilomètres, broutant sans cesse comme les éléphants d’Afrique.

Mais désormais, chaque pas est laborieux. Les troupeaux de Desmatosuchus commencent à se localiser dans des zones plus réduites. Le manque d’oxygène perturbe également leur taux de reproduction et les conditions environnementales aggravées, affectent les embryons.

« Si on remonte à l’époque du Trias, quand le niveau d’oxygène était aussi bas qu’à 10 mille mètres d’altitude. On imagine bien que le système de reproduction devait être très affecté. Un œuf, nous explique le Dr Ward, doit être suffisamment oxygéné pour que l’embryon se développe, en même temps, un œuf doit être également rempli d’eau, ce sont deux facteurs tout à fait contraires. D’un côté, il faut que l’œuf ait assez de trou pour laisser entrer l’oxygène, d’autant plus quand il se fait rare, et de l’autre, plus il y a de trou et plus l’eau s’évapore, ce qui entraîne la mort de l’embryon. »

Au fil des années, les naissances des Desmatosuchus se raréfiaient et ceux qui viennent encore au monde sont plus chétifs que les générations précédentes. Leur population finira par s’éteindre.

En revanche, le Staurikosaure, lui, ne tarde pas à profiter de la faiblesse du Desmatosuchus car, il ne souffre pas des mêmes difficultés respiratoires.

Les scientifiques pensent que le Staurikosaure possédait des poches d’air supplémentaire qui créaient une circulation constante d’oxygène au sein de l’appareil respiratoire.

Aujourd’hui, cette même caractéristique permet aux oiseaux de voler longtemps à très haute altitude.

Le Dr Ward affirme que « les poumons du dinosaure sont identiques à ceux des oiseaux. Un oiseau qui respire le même air que nous, absorbe un tiers d’oxygène supplémentaire. Vous pensez peut-être qu’il s’agit d’une coïncidence ? C’est au moment où l’oxygène est au plus bas que le poumon apparaît le plus efficace. Mais l’évolution n’est pas une affaire de coïncidence, c’est un rapport de cause à effet. »

Avant la catastrophe, un Staurikosaure ne pouvait pas rivaliser avec un Desmatosuchus adulte. Désormais, il profite de la faiblesse de l’herbivore.

« C’était vraiment très injuste, poursuit le Dr Ward. Le prédateur faisait les cent pas autour de sa proie et la proie était trop essoufflée pour s’enfuir. »

+ 500 ans après extinction

Les siècles ont passé, en Amérique du Nord où le cataclysme s’est déclenché, de nouvelles fissures apparaissent chaque jour.

La surface du supercontinent tombe comme neige au soleil.

Le goulot d’étranglement volcanique se resserre et la Terre se transforme.

Mais que sera le visage de ce nouveau monde ?

+ 50 000 ans après extinction

50 000 mille ans après le début de l’extinction massive, notre planète devient peu à peu un univers hostile avec des paysages désolés, une atmosphère riche en dioxyde de carbone et pauvre en oxygène.

Le ciel se teinte de rouge, on pourrait s’y attendre sur la planète Mars mais pas sur Terre.

Le réchauffement climatique a transformé des jungles luxuriantes en forêts desséchées. Les incendies font partie du quotidien, ils brûlent jusqu’à qu’il n’y ait plus rien à consumer.

« Vu de l’espace, s’imagine le Dr Ward, le spectacle devait être incroyable. On devait apercevoir une gigantesque tache noire et peut-être des incendies de forêts. Car la végétation tropicales du Trias, explique-t-il, a été embrasée par la lave. C’était comme un cancer qui contaminait la surface de la Terre. »

Les incendies ne font qu’ajouter à la pollution atmosphérique, déjà élevée, des tempêtes de cendre, lesquelles éradiquent tout sur son passage et engloutissent leurs victimes par milliers.

Personne ne sera épargné.

Le Rutiodon cherche un endroit pour s’abriter, mais sa rivière natale ne lui offre aucune protection car, les eaux douces de la Pangée se changent en une substance pâteuse, ressemblant à du ciment. Pour le Rutiodon, les conséquences sont épouvantables.

Dans l’atmosphère, les cendres se mêlent à la vapeur d’eau donnant lieu à des pluies acides et elles inondent la surface du globe tout en décimant le peu de végétation qui reste.

D’après le Dr Benton, « on sait, pour avoir déjà étudié le phénomène, que les pluies acides tuent rapidement les arbres et les végétaux. Si les pluies cessent rapidement, la nature a une chance de se régénérer, mais si elles durent longtemps, c’est ce qui a dû être le cas au Trias, les racines flétrissent et la terre est emportée. Sans compter, bien sûr, les effets dévastateurs de l’érosion. »

Le professeur en géologie de l’Université de New York, Dr Christopher A. McRoberts, nous explique aussi que « l’érosion était spectaculaire et la terre charriée en masse. L’océan a probablement été pollué par toutes sortes de minéraux dissous et de matière organique, transformant l’eau en liquide épais. »

Le planton microscopique, qui représente la base de la chaîne alimentaire, meurt dans les eaux chaudes et acides.

La mort des poissons ne tarde pas à suivre et avec eux, disparaissent toutes les créatures qui s’en nourrissaient.

Des groupes d’Eudimorphodon, par exemple, cherchent en vain leur pitance aux quatre coins du monde, les poissons ont tout simplement disparu. Les rivières et les lacs autrefois foisonnant de la Pangée, sont en train de pourrir. Les cadavres qui jonchent le sol représentent le seul recours de ces reptiles volants.

En d’autres circonstances, ils n’auraient jamais attaqué une carcasse, mais la faim abolit toutes les règles. Ils avaient le ventre plein quelque temps, mais ils ne font que retarder l’échéance.

+ 70 000 ans après extinction

70 000 mille ans après le début de la catastrophe, la famine est devenue le lot quotidien du monde animal.

La Terre est méconnaissable, la destruction a été lente et progressive.

Mais les effets à long terme sont dévastateurs.

« Non seulement, les organismes vivants disparaissent, mais ils sont remplacés par de nouveaux types d’organismes vivants, cette fois, il ne s’agit plus d’animaux, mais de bactérie », explique le Dr Ward.

Ces bactéries transforment l’océan turquoise en un cloaque violacé, le ciel devient jaune et une odeur de souffre enveloppe la planète.

Dans l’actuelle Afrique du sud, une créature s’accroche à la vie.

Il s’agit de notre ancêtre, le Megazostrodon. Son instinct lui a été d’un grand secours. Une fois de plus, son terrier le protège des nuages de gaz putrides.

Comme beaucoup de dinosaures primitifs, le Megazostrodon a un appareil pulmonaire avancé, mais différent de celui du Staurikosaure. Ce petit mammifère possède une membrane de muscle et de tendon qui séparent les poumons du reste des organes, c’est un diaphragme, associé à sa petite taille, ce nouvel outil l’aide à respirer malgré un air de plus en plus toxique.

« La taille des animaux intéresse beaucoup les paléontologues. Quels animaux se sont le plus éteint ? Les petits ou les grands ?, interroge le Dr Sidor. Certains facteurs biologiques expliquent pourquoi les animaux sont affectés différemment. »

Le Megazostrodon est aussi l’un des premiers animaux de l’histoire a allaité ses petits, grâce aux glandes mammaires qui résultent de l’évolution des glandes sudoripares.

En allaitant, le Megazostrodon développe un formidable atout, la femelle puise dans ses ressources pour nourrir ses petits, tandis que les autres espèces doivent leur procurer à manger.

Mais cela suffira-t-il à sauver l’espèce ?

L’avenir de tout les mammifères, y compris l’homme, repose sur ses minuscules épaules.

+ 250 000 ans après extinction

250 000 mille ans après l’éruption volcanique, la Terre s’est complètement métamorphosée.

Les fissures s’étendent sur des milliers de kilomètres, de Boston à Rio de Janeiro d’aujourd’hui, et les plaies béantes saignent toujours.

Pour le Dr McRoberts, « le volume de roche en fusion est absolument phénoménal. On estime à environ deux millions de kilomètres carrés de la quantité de magma déversé. »

Soit presque la surface de notre mer Méditerranée actuelle.

L’étendue du désastre est sans appel, les eaux inondables, où les animaux prospéraient jadis, ont été désertées. Là où se dressaient des forêts tropicales s’étend un immense désert à la place.

« Ce paradis où la végétation s’épanouissait est tellement bouleversé que sur certains continents la désertification touche des régions entières », précise le Dr Ward.

D’après le Dr Benton, « par endroits, la planète devait ressembler à la planète Mars, une planète sans végétation. c’est une situation de détresse extrême. Ce n’était pas le cas partout, mais seulement dans certaines régions. »

Dans les rares bastions où la vie résiste, les dinosaures comme le Staurikosaure se hissent tout en haut de la pyramide. Car en plus de son appareil pulmonaire avancé, il développe une nouvelle parade, il couve ses œufs. La mère pond en partie à découvert, puis elle se sert de son corps pour garder ses œufs au chaud, ou pour les protéger du soleil le cas échéant. Ce contact corporel lui permet de réguler la température des embryons et d’entretenir une relation très proche, si ce n’est maternel avec ses futurs petits.

L’espèce est ainsi récompensée par une nouvelle génération plus forte et plus solide.

« Alors que tous les autres sont en train de mourir, explique le Dr Ward, les dinosaures sont de plus en plus nombreux et de plus en plus forts. »

Grâce à ces remarquables innovations, le Staurikosaure est équipé pour survivre à la catastrophe.

+ 500 000 ans après extinction

Plus de 500 000 mille ans après le début de l’extinction, les éruptions prennent fins, la Pangée n’existe plus.

Les déplacements de la croute terrestre ont fragmenté le supercontinent et l’océan Atlantique est né.

Le bilan est lourd, les trois quarts de la faune terrestre ont disparu à jamais.

Les plus gravement touchés sont les herbivores cuirassés tels que le Desmatosuchus.

L’Eudimorphodon s’est également éteint, victime de son appareil pulmonaire primitif.

Le Dr Ward précise que « c’est une des cinq extinctions massives de l’histoire de la planète. Elle a marqué un tournant fondamental de l’évolution. »

La planète a été purgée, mais certaines créatures ne s’avouent pas vaincues et notre avenir en dépend.

+ 600 000 ans après extinction

Il y a 200 millions d’années, l’extinction du Trias est enfin terminée. 600 000 mille ans plus tard, la planète semble sans vie. L’air est à peine respirable, il faudra plusieurs millions d’années à la Terre pour rebondir de cette tragédie. Jamais le taux de dioxyde de carbone n’a été aussi élevé, il est 10 fois supérieur à celui d’aujourd’hui.

Le Dr Ward nous explique « qu’à la fin du Trias, il y avait beaucoup plus de dioxyde de carbone dans l’air qu’il y en a actuellement. Et j’espère, dit-il, que l’on n’atteindra jamais un tel niveau car, on a vu les ravages que le CO2 pouvait faire. »

Pourtant, ce n’est pas la fin de l’histoire du monde. La séparation des continents a entraîné l’ouverture de l’océan Atlantique. Quant à la Pangée, elle est désormais divisée en continents distincts, tels que nous les connaissons à notre époque, notre monde est né.

« Pourquoi les continents s’assemblent et se désassemblent ?, interroge le Dr Ward, reste un mystère. On sait, explique-t-il, qu’ils répondent d’un cycle, appelait cycle de Wilson, selon lequel, tous les quatre cents millions d’années, les continents se rapprochent, comme des autos tamponneuses qui se retrouveraient au centre d’un circuit et se percuteraient, avant de s’éloigner. Chaque processus demande environ 400 000 millions d’années. Ce qui veut dire que d’ici deux millions d’années, on peut s’attendre à une nouvelle collision des continents. »

Dans ce monde tout neuf, les premières étincelles d’espoir renaissent. Les premiers dinosaures ont réussi à survivre. Le Staurikosaure et ses petits aussi ont montré leurs suprématies dans les pires conditions possibles et à présent, la Terre leur appartient. Sans adversaire à l’horizon, ils se multiplient et se répandent, créant de nouveau habitat et de nouvelle espèce. Le règne des dinosaures est en marche.

Le géochimiste, Dr Williford, explique que « les dinosaures ont vraiment commencé à évoluer, à prendre les différentes formes que l’on rencontre, pendant le Jurassique et le Crétacé. »

Les dinosaures, plus grands, plus forts et plus féroces, issues de cette première génération, ils domineront le monde animal pendant les 150 millions années suivantes.

« On ne regarde plus en arrière, explique le Dr Ward, désormais c’est l’ère des dinosaures. Au Trias, n’importe qui aurait pu sortir son épingle du jeu, la planète a radicalement changé. Il fait très chaud, le niveau d’oxygène est très bas, c’est un environnement idéal pour les dinosaures. »

MegazostrodonAu pied de ces lézards géants, coure l’ancêtre de nos mammifères actuels, le Megazostrodon.

Selon le Dr Sidor, « si le Megazostrodon n’avait pas survécu, on ne serait pas là aujourd’hui. »

A l’abri, dans son terrier souterrain, le Megazostrodon a triomphé là où tant d’autres ont échoué. Il continuera à mener une vie paisible tout en s’épanouissant dans l’ombre, attendant patiemment l’heure où ses descendants prendront à leur tour le contrôle de la Terre.


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Publié dans Education, Sciences

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