Election d’un pape aux deux visages ?


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« L’être humain a deux visages : celui qu’il nous montre et celui qu’il a vraiment. » Yvon Deveault

 

Si l’élection du cardinal Jorge Bergoglio, élu pape François, successeur de Benoît XVI, rend fiers les Argentins et l’Amérique latine tout entière, bien qu’en Europe le cardinal Bergoglio soit largement inconnu du citoyen lambda, néanmoins quelques voix accusatrices se sont élevées en Argentine et ailleurs.

Ces voix sont venues jusqu’à nos oreilles, lesquelles dénoncent le passé plus trouble que transparent du nouveau pape François, un pape aux deux visages ?

Il y a le visage d’un cardinal dévoué vouant son temps aux pauvres avec lesquels il passera tous ses week-ends dans les paroisses des bidonvilles.

Il y a également le visage d’un cardinal humble dédaignant la luxueuse demeure réservée à son grade, mais préférant à la place un modeste petit appartement situé près de la cathédrale à Buenos Aires et préférant aussi les déplacements en transport en commun au lieu de l’utilisation d’une voiture et d’ailleurs, il n’en possède pas.

Il y a aussi le visage d’un cardinal combattif se levant pour dénoncer à maintes reprises la corruption de la classe politique argentine…

Puis il y a le visage d’un cardinal beaucoup moins honorable que le premier si l’on écoute ces voix discordantes.

Si le pape est inconnu du citoyen lambda, en revanche il ne l’est pas pour la justice française qui aurait souhaité l’entendre en avril 2011 en rapport d’une enquête ouverte sur le meurtre d’un prêtre français, Gabriel Longueville, survenu au début de la dictature argentine.

De même, le cardinal Bergoglio n’est pas un inconnu pour Christian Terras, rédacteur en chef du bimensuel catholique « Golias-news« , (lequel est appelé aussi le « Canard Enchaîné de l’Eglise » à cause de ses dossiers sur l’Opus Dei, rebaptisé « Opium dei », ou sur les réseaux intégristes titrés ainsi « A l’extrême droite de Dieu »), et il se dit consterné par l’élection du cardinal Bergoglio : « l’Eglise n’est pas fichue de choisir quelqu’un d’irréprochable ! »

Déjà il y a quelques années, le bimensuel publiait un dossier sur « L’honneur perdu de l’Eglise argentine », et dont « Christian Terras » vient de présenter des arguments plutôt accablants « sur la personnalité du nouveau pape » à l’hebdomadaire le Soir, en mettant en exergue son passé. Lequel remonte aux « Années de plomb » en Amérique latine où la dictature de la junte militaire argentine sévira entre les années de 1976 à 1983, sous le joug notamment du commandant en chef de l’armée argentine Jorge Rafael Videla.

[… La dictature militaire argentine. Le 24 mars 1976, Videla, à la tête d’une junte militaire, s’empare du pouvoir. La junte restera en place jusqu’au 10 décembre 1983. Elle se compose dans un premier temps de Videla, du commandant de la marine, l’amiral Emilio Massera et du commandant des forces aériennes, le Brigadier-général Ramón Agosti. Videla cède la présidence de la junte au général Roberto Viola en 1981.

Les militaires argentins répriment brutalement l’opposition de gauche, lors de la prétendue « guerre sale », qui n’eut de guerre que le nom : les guérillas (l’ERP et les Montoneros) étaient déjà démantelées en mars 1976, et les militaires s’attaquèrent aux opposants civils : politiques, syndicalistes, prêtres et nonnes – Alice Domon et Léonie Duquet, Gabriel Longueville etc. – Mères de la place de mai ainsi qu’à leurs familles, leurs enfants, leurs amis, leurs voisins, etc. Cette entreprise aujourd’hui qualifiée par la justice argentine de « génocide » (voir par exemple la condamnation, en 2008, du général Antonio Domingo Bussi), fut justifiée par la junte au nom d’un anti-communisme virulent, lié à un national-catholicisme prétendant défendre la grandeur de la « civilisation catholique occidentale » contre les « rouges » et les « juifs ». 30 000 personnes furent victimes de disparitions forcées sous la dictature, 500 centres clandestins de détention et de torture créés, tandis qu’environ 500 000 personnes furent contraintes à l’exil, qui plus est clandestin dans les premières années de la junte, qui refusait alors de délivrer des visas de sortie.

Au cœur de la dictature, c’est lui qui remet la coupe du monde de football 1978 au capitaine de l’équipe argentine, Daniel Passarella, « El Pistolero ». Cette coupe du monde s’est déroulée au moment même où les tortures et assassinats s’exécutaient dans les sous-sols de l’ESMA (École supérieure de mécanique de la Marine), à proximité des stades de Buenos Aires où se jouaient les matchs dans la liesse populaire. (Source Wikipédia) …]

[… Les informations sur l’attitude controversée de Jorge Mario Bergoglio pendant la dictature militaire en Argentine reposent-elles sur des faits précis et fondés ? (Demande le Soir à Christian Terras)

Les informations sont précises et entièrement confirmées, assure-t-il : lorsqu’il a été provincial des jésuites, Jorge Bergoglio n’a pas protégé des jeunes prêtres jésuites qui étaient engagés en faveur de la théologie de la libération, et opposés à la dictature du général Videla. Non seulement il ne les a pas protégés : il les a carrément fléchés auprès des militaires comme des éléments dangereux et subversifs, et auprès des autres évêques argentins afin qu’ils ne les accueillent pas dans leurs diocèses. Deux prêtres jésuites (les pères Francisco Jalics et Orlando Yorio) ont été kidnappés et détenus dans des conditions inhumaines. Le problème n’est pas que Bergoglio aurait manqué de héroïsme face à la dictature, ce qu’on pourrait encore comprendre : le problème est qu’il n’a pas adopté une attitude minimale de protection à l’égard de ses prêtres. Ces prêtres ont été arrêtés puis libérés, l’un d’eux s’est ensuite rendu à Rome où un responsable jésuite lui a confirmé que Bergoglio était directement intervenu auprès des autorités de la dictature. Il est allé loin dans le signalement des prêtres « subversifs ». Plus tard, lorsque l’un de ces prêtres, Francisco Jalics, qui avait émigré aux Etats-Unis, a voulu revenir en Argentine, Bergoglio s’y est opposé et est intervenu afin qu’on ne lui rende pas son passeport argentin. …]

Cette opposition attribuée au cardinal Jorge Bergoglio refusant que l’on rend le passeport au prêtre Francisco Jalics et dont Christian Terras fait allusion, Rue 89 a publié le document dans son article : « Bergoglio/François : pape des pauvres ou ami de la dictature ?« , dans lequel on peut lire une délation en bonne et due forme.

En effet, bien que les pères Jalics et Yorio aient été kidnappés, torturés… pendant des mois par la junte militaire, alors que l’Argentine était toujours sous la dictature militaire, le document écrit et signé en 1979 par le cardinal Bergoglio et selon lequel : le père Francisco Jalics se serait compromis dans une « activité conspirative dans les Congrégations religieuses féminines (conflits d’obéissance) ». Le document rappelle aussi qu’il a été « emprisonné à l’Ecole Mécanique de la Marine du 24.5.1976 à septembre 1976 (6 mois) et accusé avec le Père Yorio ». Qu’il serait aussi « soupçonné » d’avoir eu des « contacts » avec les « guérilleros » et qu' »ils habitaient en petite communauté que le supérieur jésuite a dissous, en février 1976, et ont refusé d’obéir en demandant à sortir de la Compagnie, ont reçu 2 expulsions, mais pas le Père Jalics, car il était tenu à des vœux solennels. Aucun évêque du Grand Buenos Aires n’a accepté de les recevoir ».

Une NB indique en bas du document que « ces informations ont été fournies à M. Orcoyen par le Père Borgoglio lui-même, signataire de la lettre, avec recommandation spéciale de ne pas donner suite à cette demande ».

D’ailleurs, Christian Terras revient à la charge en publiant un édito sur le pape François compromis dans l’affaire des deux prêtres : « Habemus papam – François Ier Bergoglio, une ombre au tableau« 

[… Au travers d’un livre « El Jesuita – Conversaciones con el cardenal Jorge Bergoglio » de Sergio Rubin e Francesca Ambrogetti, le cardinal Bergoglio a sans doute tenté de redorer son blason et de contester les sérieuses accusations qui pèsent contre lui quant à sa conduite alors qu’il était provincial de la Compagnie de Jésus en 1973 et 1979. (…)

N’écoutant que leur courage, Yorio et Jalics persévérèrent dans leur ministère. Ils furent finalement enlevés, comme on pouvait s’y attendre. Selon Bergoglio, il aurait alors cherché à obtenir leur libération. Et à les protéger. Cette version n’est cependant pas la seule ! Et n’est pas celle de nombreux témoins, ni celle des intéressés. Sans oser les accuser en face, Bergoglio se faisait volontiers l’interprète des accusations d’autres prêtres et d’évêques. Qui démentaient quant à eux les avoir émises. Un jour, le père Bergoglio (il n’avait pas encore coiffé la mitre) recommanda aux deux religieux turbulents de s’adresser à l’évêque de Moron, Mgr Miguel Raspanti. Leur affirmant qu’ils pourraient trouver refuge dans le diocèse de ce dernier. Or, en réalité, il écrivit lui-même une lettre à Raspanti terriblement négative à l’endroit des deux religieux ! L’art du double jeu en somme. Le brave Raspanti chercha pourtant à protéger et à cacher les deux prêtres. C’est Bergoglio qui l’en aurait alors dissuadé. Ce sont les calomnies répétés par Bergoglio qui empêchèrent aussi aux deux religieux d’être accueillis dans le diocèse de Buenos Aires ou d’être incardinés à Santa Fe. Après leur libération, Yorio se rendit à Rome où le jésuite colombien Candido Gavina, très bien informé, lui apprit, de source autorisée (l’ambassadeur argentin près le Saint-Siège) que les forces armées avaient arrêté ces deux religieux suite à la plainte de leurs supérieurs religieux qui les présentaient comme des guérilleros. L’Ambassadeur argentin confirma même cette information par écrit.

(…)

Alors qu’en Allemagne était révélé en 2009 le passé de Benoît XVI au sein des jeunesses hitlériennes, Bergoglio chercha à laver son image dans la perspective d’un nouveau conclave. Les chapitres les plus éloquents de son livre « El Jesuita – Conversaciones con el cardenal Jorge Bergoglio » qui brossent un portrait angélique sont contredits par les témoignages et les documents sortis du sceau du secret. Et notamment par l’action du leader des Droits de l’Homme en Argentine, Emilio Mignogne, aujourd’hui décédé, qui avait dénoncé en son temps les prélats ayant abandonné le peuple des croyants et permis la dissimulation de documents compromettants qui impliquaient leur appui sans réserve à la junte militaire argentine. (…) …]

Puis il y a aussi l’écrivain et journaliste Horacio Verbitsky qui a mené une enquête sur cette affaire des deux prêtres victimes de la complaisance supposée du cardinal Bergoglio avec la junte militaire, il l’a raconté en 2005 dans un livre intitulé « El Silencio. De Paulo VI à Bergoglio : Les relations secrètes entre l’Eglise et l’ESMA« 

[… Le 23 mai, des forces de la Marine enlèvent dans le quartier pauvre de Bajo Flores deux jésuites, Orlando Yorio et Francisco Jalics, alors sous l’autorité de Bergoglio.

Conduits d’abord à l’Ecole de mécanique de l’armée (Esma), ils seront ensuite torturés et maintenus en détention-disparition pendant cinq mois. L’enquête montre qu’une semaine auparavant, leur charge de prêtre leur avait été retirée. A l’époque, c’était pour les militaires un « signal » donné par l’Eglise, que les religieux étaient des subversifs, assimilés à la guérilla.

« Nous étions diabolisés, questionnés par nos propres institutions et accusés de subvertir l’ordre social », a ainsi témoigné Orlando Yorio (aujourd’hui décédé). Libérés puis en exil, les deux prêtres ont dit qu’ils estiment avoir été « livrés » par leurs supérieurs : « Je suis sûr qu’il a lui-même [Jorge Mario Bergoglio, ndlr] fourni une liste avec nos noms à la Marine », a assuré Yorio, lors du procès de la Junte en 1985. . …]

En Argentine, le quotidien orienté à gauche, Página, a titré, ou s’est plutôt écrié « Mon Dieu ! » à l’annonce du nom du nouveau pape, « L’erreur est divine » écrit-il en brossant le portrait du pape, lequel « a été accusé de complicité avec la dictature militaire, entretient une relation conflictuelle avec les gouvernements des Kirchner et fut un opposant tenace du mariage homosexuel et aux politiques d’éducation sexuelle », néanmoins il lui reconnaît « des talents de politique au sein des courants conservateurs modérés de l’église »…

Mais ce n’est pas tout, le pape François à une « autre casserole » collait à l’arrière de son « arrière-train », lequel fait partie des années noires de la dictature militaire argentine.

En effet, en mai 2011 « un avocat argentin, Martin Niklison, et l’association des Grands-mères de la Place de Mai avaient demandé à ce que le cardinal Jorge Maria Bergoglio, alors archevêque de Buenos Aires, soit entendu comme témoin dans le procès pour vol de bébés durant la dictature argentine », (source la Croix).

[… Deux anciens dictateurs, Jorge Videla, 85 ans et Reynaldo Bignone, 83 ans, ainsi que six officiers, comparaissent depuis le 28 février (2011) pour le vol de plus de 500 bébés enlevés à leurs mères détenues dans plusieurs prisons clandestines de la dictature militaire.

Au cours des débats, Estela de la Cuadra, fille d’Alicia de la Cuadra, une des fondatrices des Grands-mères de la Place de Mai, morte en 2008 à 93 ans, a raconté comment elle avait demandé l’aide du P. Bergoglio, alors provincial des jésuites, pour l’aider à retrouver la trace du bébé de sa sœur Elena, emprisonnée alors qu’elle était enceinte. …]

Il revenait aux juges de déterminer les suites à donner à cette demande.

[… Le cardinal Bergoglio avait déjà été entendu en novembre 2010 dans le procès de la sinistre École de mécanique navale (Esma). Le tribunal s’était alors rendu à l’archevêché de Buenos Aires pour entendre ses explications sur la disparition en 1976 de deux jésuites internés à l’Esma une semaine après qu’il leur a retiré la permission de prêcher.

Aucune charge n’avait été retenue contre lui.

Le 21 avril dernier, une juge d’instruction du tribunal de grande instance de Paris a annoncé qu’elle souhaitait entendre le cardinal Bergoglio sur le meurtre du prêtre français Gabriel Longueville survenu au début de la dictature. …]

L’Argentine, bien que ce pays compte 91 % de catholiques, a été d’un genre précurseur sur un des thèmes sociétaux et pas le plus banal, la légalisation du mariage homosexuel, qui a été adopté en juillet 2010.

En France où l’église s’était violemment opposée à l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, on se souvient des propos jugés homophobes du cardinal Barbarin qui selon lui le mariage homosexuel ouvrirait « la voie à la polygamie et à l’inceste » ou l’intervention publique du Mgr Vingt-trois exhortant « les fidèles » à « saisir leurs élus pour leur faire part de leur opposition à ce projet de loi. »

L’Argentine n’a pas échappé elle non plus à une opposition violente de la part de l’église et de ses dirigeants, par laquelle le cardinal de Buenos Aires, Jorge Bergoglio, avait qualifié l’homosexualité de « démon infiltré dans les âmes ». La présidente argentine, Cristina Kirchner, avait, « dans un accès de colère », accusé « L’Église (de vivre) encore à l’époque des croisades ». Par ailleurs, tout comme en France, des manifestations avaient été organisées dans lesquelles les « pros » et les « antis-mariage gay » se sont affrontés à coups d’œufs et d’oranges devant le Congrès où était examinée la loi.

« L’Église a mené une campagne extrêmement violente contre cette loi » et « beaucoup d’Argentins ont été choqués », avait confirmé à france24, Marine de la Moisonnière, journaliste française installée à Buenos Aires.

Bref, c’est dire que ce pape aux deux visages ne laisse pas indifférent…


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