DSK incarne non seulement la compétence économique mais aussi le changement, voire une rupture


DSK directeur du FMI 2007-2011

« Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. » Jean Monnet

 

Lorsque Dominique Strauss-Kahn prend la direction du FMI en novembre 2007, l’institut financier n’avait pas bonne presse et était accusé, par notamment les altermondialistes, d’affamer les peuples des pays en difficultés économiques faisant appel aux Fonds.

Mais qu’est-ce que c’est le Fonds Monétaire International ?

Le Fonds monétaire international (FMI) est une institution internationale regroupant 188 pays, dont le but est de « promouvoir la coopération monétaire internationale, garantir la stabilité financière, faciliter les échanges internationaux, contribuer à un niveau élevé d’emploi, à la stabilité économique et faire reculer la pauvreté ».

Le FMI a ainsi pour fonction d’assurer la stabilité du système monétaire international (SMI) et la gestion des crises monétaires et financières. Pour cela, il fournit des crédits aux pays qui connaissent des difficultés financières mettant en péril l’organisation gouvernementale du pays, la stabilité de son système financier (banques, marchés financiers) ou les flux d’échanges de commerce international avec les autres pays.

Lors d’une crise financière, pour éviter qu’un pays ne fasse « défaut » (c’est-à-dire que ce pays ne puisse plus rembourser ses créanciers, voire ne plus payer ses dépenses courantes), le FMI lui prête de l’argent le temps que la confiance des agents économiques revienne. Le FMI conditionne l’obtention de prêts à la mise en place de certaines réformes économiques visant de manière générale à améliorer la gestion des finances publiques et une croissance économique équilibrée à long terme.

Donc quand DSK prend les rênes de l’institut, il profite de la crise des subprimes, parties à la mi-2007 des Etats-Unis, pour réformer ladite institut. « C’est DSK qui, convaincu de la gravité de la situation et des risques pour la monnaie européenne, convaincra les Etats de la zone euro et la Commission européenne de la nécessité d’intervenir en prêtant de l’argent à ses membres en difficulté. »

Il profite, en effet, de la crise pour faire s’accorder les Etats membres sur un rééquilibrage des droits de vote au profit des économies émergentes.

Redresse, ensuite, la santé financière du FMI en mauvaise posture et qui à cette époque avait dû vendre une partie de son or et se séparer de ses cadres.

Instaure en juillet 2009, non seulement, pour la première fois de son histoire les prêts à taux zéro pour les pays pauvres, mais aussi annule les intérêts des pays les plus défavorisés pour une période de deux ans et demi qui pourrait être prolongée.

Et enfin, modernise les instruments de prêt et de surveillance, en cherchant des moyens de protéger des pays qui n’étaient pas forcément dans une situation désespérée et invente en 2009 une ligne de crédit dite « modulable » pour les pays bien gérés.

Mais lorsque « l’affaire de Sofitel » éclate en mai 2011, DSK contraint de démissionner de son poste ne peut que laisser ses chantiers inachevés et notamment la réforme du système monétaire international, la restauration de l’image de l’institut dans les pays en difficultés et le changement de vision du monde du FMI.

Au plus fort de la crise fin 2008, Dominique Strauss-Kahn, alors patron du FMI, expliquait la crise aux lecteurs du Parisien. Il répondit aux questions de six lecteurs :

BELKACEM GUETTAI : Faut-il revoir tout le système capitaliste, ou uniquement le système financier ?

DSK : Revoir tout le système capitaliste ? Je veux bien, mais pour mettre quoi à la place ? Depuis l’écroulement du modèle communiste, personne n’a proposé un système alternatif. En revanche, oui, il faut corriger bien des choses dans l’économie de marché telle qu’elle existe. Il n’y a pas que la finance qui a besoin d’être remise sur les rails. L’économie de marché privilégie le court terme. Si on veut une société plus organisée, plus solidaire, dans laquelle on s’occupe des générations qui suivent et pas simplement des problèmes du jour, il y a beaucoup à changer dans l’ensemble de notre fonctionnement collectif.

BELKACEM GUETTAI : J’insiste, pardonnez-moi. Est-ce une crise du capitalisme ?

DSK : Oui, évidemment, c’est une crise du capitalisme.

BELKACEM GUETTAI : Du capitalisme libéral ?

DSK : Oui. Enfin, je ne connais pas de capitalisme qui ne soit pas… libéral (rires). Il y a trois attitudes possibles. Il y a ceux qui disent : il y a une crise, mais enfin ça fait partie du capitalisme. Il y a des hauts et des bas, ceux qui gagnent et ceux qui perdent. C’est la position très libérale au sens français du terme, ce n’est pas la mienne. La deuxième position est celle de ceux qui disent : il faut remplacer le capitalisme par autre chose. Moi je dis : ça m’intéresse, sauf que, généralement, ça s’arrête là. Après, qu’est-ce qui vient derrière ? Et puis, il y a la troisième attitude, celle qui me convient le mieux. On ne sait pas faire fonctionner aujourd’hui une économie autrement que par le marché. Simplement, ce marché crée des richesses mais aussi des inégalités, des incertitudes, des dominations de certains insupportables à d’autres. Et il faut arriver à faire fonctionner l’économie de marché de façon humaine.

NICOLAS SPIE : Que répondez-vous à ceux qui pensent que les dirigeants du monde sont complètement dépassés par la crise ?

DSK : Ils n’ont pas totalement tort ! (Rires.) Plusieurs raisons à cela. La première, c’est une crise, je le répète, totalement nouvelle. C’est la vraie première crise du XXI e siècle. Globalement, même si quelques-uns ont prévu des choses, personne n’a dit : « Voilà ce qui va se passer. » Je ne dis pas que les dirigeants mondiaux ont été ou sont dépassés mais, c’est vrai, pendant la première moitié de l’année 2008, la plupart d’entre eux n’ont pas mesuré l’ampleur de la crise et donc pas réagi comme il aurait fallu. Depuis un ou deux mois, la prise de conscience est devenue générale.

NICOLAS SPIE : Pour vous y compris ?

DSK : Pour moi y compris. Je ne suis pas plus malin que les autres.

BRIGITTE BONNET : Pourquoi a-t-on laissé la crise glisser, presque inéluctablement ?

DSK : Pour plusieurs raisons : d’abord, je vous l’ai dit, on a mis du temps à comprendre ce qui se passait vraiment avec l’enchaînement né aux Etats-Unis de la crise de ces prêts immobiliers accordés par les banques en cascade à des citoyens qui se sont révélés non solvables. Ce serait absurde de ne pas le reconnaître. Ensuite, il y a eu un deuxième phénomène. Les politiques n’aiment pas quand on vient leur dire : « Cela ne va pas très bien aujourd’hui, mais ça va aller plus mal demain si on ne fait pas attention. » En général, dans ce cas, vous n’êtes pas bien reçu. Quand on ne voit pas venir les choses, on les laisse glisser. Et on ne réagit que lorsqu’on est devant l’obstacle. Il n’est pas illégitime de votre part de reprocher aux élus d’avoir réagi trop tardivement. « Cette histoire des subprimes nous a sauté à la figure. »

MARIE-PIERRE CALVIER : Quels sont les résultats concrets du G 20 ?

DSK : Il faut repartir en arrière pour bien comprendre. Depuis quinze ans, le développement de la finance s’est fait de façon totalement incontrôlée. Il y a mille exemples pour illustrer cela, dont cette fameuse histoire des subprimes qui nous a sauté à la figure. Au début de l’année, le FMI a fait des prévisions pessimistes sur la croissance mondiale. Mais il a fallu attendre plusieurs mois avant que les chefs d’Etat finissent par admettre que la situation était sérieuse. Il y a quelques semaines, nous avons livré d’autres prévisions encore plus pessimistes. Il faut rendre justice à Nicolas Sarkozy : il a été parmi ceux qui ont le plus insisté pour que la réunion du G 20 ait lieu. Généralement, ces réunions ne sont pas très productives. Là, ce G 20 s’est révélé meilleur que les autres. Des décisions fermes ont été prises, même si elles demandent maintenant à être mises en œuvre. La première, c’est une relance globale par les Etats. La seconde, c’est une régulation du système financier dans son ensemble : agences de notation, « hedge found », paradis fiscaux mais aussi les banques dites « normales ». Enfin, il y a eu un vrai débat sur la gouvernance mondiale, même s’il n’est pas encore totalement tranché. Qui doit diriger le monde ? Les seuls pays riches ?

NICOLAS SPIE : Lorsque vous étiez au gouvernement, vous avez privatisé France Télécom, alors qu’aujourd’hui les nationalisations reviennent en force et que le rôle de l’Etat est à nouveau salué…

DSK : Si on ne l’avait pas privatisée, France Télécom serait morte. Cela lui a permis de trouver des capitaux pour se développer dans la téléphonie mobile. A l’époque, l’Etat était resté majoritaire : ce n’est qu’après nous que la puissance publique a abandonné la majorité. Quant aux nationalisations !… Je connais un bonhomme pardon de parler de moi à la troisième personne qui, il y a trois ou quatre ans, s’est fait traîner dans la boue parce qu’il proposait de redonner du sens à ce que j’appelais alors les « nationalisations temporaires ». L’idée était la suivante : dans la mondialisation, il y a des secteurs décisifs qui peuvent être en difficulté et qui ont besoin d’être aidés au moins temporairement par l’Etat. Le temps de passer le cap. A l’époque, ce n’était pas la mode, et tout le monde s’est moqué de moi. Puis, il y a quelqu’un qui est devenu ensuite président de la République (NDLR : Nicolas Sarkozy) et qui a agi ainsi, avec raison, pour Alstom. Donc, cette idée qu’il y a besoin aujourd’hui de régulation publique en général et, dans certains domaines, de capitaux publics dans les entreprises, c’est une ligne que je défends depuis longtemps.

BELKACEM GUETTAI : L’euro, qui a fait flamber les prix, n’est-il pas un frein à l’exportation ?

DSK : Qu’au moment du passage du franc à l’euro, en 2001, il y ait eu certaines professions qui en ont profité pour se servir au passage, c’est sans doute vrai. Aujourd’hui, l’existence de l’euro nous protège plus qu’elle ne nous coûte. Cela dit, le bon niveau de l’euro est difficile à apprécier car, lorsqu’il est haut, il pénalise les exportateurs, mais il rend moins coûteuses les importations de pétrole. Et vice-versa. Aujourd’hui, on est dans des zones qui me paraissent correctes.

En 2010, Dominique Strauss-Kahn, toujours président du FMI était l’invité exceptionnel de RTL au micro de Jean-Michel Aphatie :

Et enfin, DSK participait au documentaire « Le roman de l’Euro« , dont voici un extrait dans lequel il critiquait déjà le diktat allemand :

Dominique Strauss-Kahn pourrait-il revenir sur la scène politique française ? J’y vois un défi qui n’est certainement pas insurmontable. DSK qui avait exprimé le désir de « tourner la page », avait nuancé sur le fait que « la politique est un virus dont il est difficile de se séparer ».

Déjà les « médias politiques » tablent sur le fait qu’il ne reviendra pas en le réduisant « aux affaires » qui ont écorné son image, mais pour lesquelles il a été innocenté et donc pour le microscope journalistique il est assurément « mort politiquement ». Or les Français ne l’entendent pas de cette oreille, au vu des nombreux sondages.

A cet égard, les Français sont beaucoup plus préoccupés par le chômage, le pouvoir d’achat, l’avenir des retraites, le système de santé, pas par le libertinage et les relations extraconjugales de leurs dirigeants, sinon pour en plaisanter au bistro du coin.

De ce point de vue, et bien malgré lui, DSK peut apparaitre comme une sorte de rebelle dans un monde qui étouffe sous le conformisme moral du puritanisme américain.

De plus, je pense que les Français reviennent progressivement vers DSK du fait que sa disqualification à la présidentielle de 2012 a été vécue comme un acte manqué, un ratage, une forme d’injustice, une erreur de casting… quelque chose à rattraper. En outre, sans vouloir faire de la politique-fiction, s’il n’y aurait pas eu l’affaire du « Sofitel », il aurait été assurément élu Président de la République.

Car le premier atout DSK c’est sa compétence en économie et dont il a fait ses preuves dans tous les postes où il a exercé.

Son deuxième atout c’est sa vision de l’Europe et nous l’a prouvé sur son analyse économique de la crise grecque : « Apprendre de ses erreurs« . Et chose rare pour un politicien, il a reconnu les siennes.

Quoiqu’il en soit, le FMI a fait des erreurs et je suis prêt à prendre ma part de responsabilité. Le diagnostic du FMI selon lequel nous rencontrions un problème classique de crise budgétaire et de balance des paiements a négligé le fait que la nature inachevée (notamment sur le plan de la politique budgétaire et de la régulation bancaire) de l’union monétaire européenne était à l’origine de tout le problème et aurait dû être un élément essentiel de sa solution. Le FMI a aussi sous estimé la profondeur des faiblesses institutionnelles de la Grèce qui imposaient à la fois une assistance beaucoup plus grande de la Banque Mondiale, une assistance technique plus importante et des prêts plus concessionnels.

De plus, il ne se cache par pour dire des vérités qui dérangent dans son analyse politique sur les conditions de l’énième accord sur la dette grecque par l’EuroGroup mené par le tandem d’Angela Merkel et de François Hollande, et la Grèce d’Alexis Tsipras et au détour de laquelle dans une lettre adressée « A mes amis allemands », fustige le diktat allemand qui a imposé des conditions intenables à la Grèce et qui sont « sont proprement effrayantes pour qui croit encore en l’avenir de l’Europe. Ce qui s’est passé pendant le week-end dernier est pour moi fondamentalement néfaste, presque mortifère. »

A compter nos milliards plutôt qu’à les utiliser pour construire, à refuser d’accepter une perte -pourtant évidente- en repoussant toujours un engagement sur la réduction de la dette, à préférer humilier un peuple parce qu’il est incapable de se réformer, à faire passer des ressentiments -pour justifiés qu’ils soient- avant des projets d’avenir, nous tournons le dos à ce que doit être l’Europe, nous tournons le dos à la solidarité citoyenne d’Habermas.

Par ailleurs, la solidarité citoyenne d’Habermas s’est exprimé au Guardian et juge l’accord grec « toxique ».

Le philosophe et sociologue allemand Jürgen Habermas juge, en effet, l’accord, signé lundi entre la Grèce et ses créanciers, de « toxique », et se montre très critique vis-à-vis du gouvernement d’Angela Merkel.

Cet accord « contredit ouvertement les principes démocratiques de l’Union européenne » et n’a pas de sens d’un point de vue économique, juge le penseur. (…)

Il y voit un « mélange toxique entre des réformes structurelles nécessaires et des mesures néolibérales qui décourageront complètement un peuple grec déjà épuisé, et tuera dans l’œuf tout élan de croissance. » « Forcer le gouvernement grec à donner son accord à un fonds de privatisation, économiquement discutable et éminemment symbolique, ne peut être compris que sous l’angle d’un châtiment décrété contre un gouvernement de gauche », analyse le philosophe, qui réclame une restructuration de la dette grecque.

Assurément Dominique Strauss-Kahn incarne non seulement la compétence en matière d’économie, c’est cela que les Français voient en premier lieu chez DSK, mais aussi il incarne le changement dû à sa vision social-démocratie et plus proche dans ce sens des moins fortunés, voire aussi une rupture sur l’incompétence navrante des politiques successives menaient ces dernières années et à partir desquelles les Français se désespèrent.

Publicités
Tagged with: , , , , , , ,
Publié dans DSK, Election présidentielle 2017

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Casimira

Je Suis Toujours Debout !
France attentat 13 11 15
Je Suis Toujours Charlie !
hebergement images
PageRank
PageRank
Online

Compteur de visiteurs en temps réel

Hit Counter

Entrez votre adresse e-mail pour souscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par email.

Rejoignez 202 autres abonnés

Partager ce blog
Facebook Twitter More...
Me suivre sur Twitter
Pages vues…
Hit Counter
Stats du Site
  • 73,487 hits
Catégories
Calendrier
juillet 2015
L M M J V S D
« Juin   Août »
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031  
%d blogueurs aiment cette page :